mots confus... le corps fourbu... les experts s'abstiennent...

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

Je sens le corps fourbu ; les kilomètres parcourus, arrivé le samedi, chantent leur musique aux os vieillissants. A  Marles-les-Mines, heure après heure, La chambre (de Zette) voit le jour. Heure après heure, installés en résidence de création,  nous faisons paraître ce nouveau spectacle. J'ai peu photographié, mains dans la colle et les matériaux de base, j'ai essentiellement dessiné, écrit, tiré des plans sur la comètes....

Ces dernières semaines, malgré le silence, j'ai souvent eu envie d'écrire des mots. Des mots de dégoûts, des mots d'envie, des mots de joie et d'horreur, le tout et son contraire prenant corps dans un texte et vidant le ventre de son trop plein de bile. Après la lecture d’un article, après la présence à un forum, après une discussion, après des mots entendus au détour d’une conversation… Je ne les ai pas écrit, je les ai gardé, je n’avais pas le temps, pas de temps à consacrer à cela. Nous sommes penchés sur la création et rien ne me détourne de cela.

nicol.jpgLa création de ce nouveau spectacle est en cours et nous ne savons toujours pas si le ministère de la Culture et les autres partenaires institutionnels (Conseil Régional, Département du Pas-de-Calais) soutiendront notre production. Il y a quelques semaines, nous avons eu un rendez-vous surréaliste à la DRAC avec la Conseillère au Théâtre. Le comité d'expert chargé d'étudier les projets de création, n'a pu émettre d'avis sur notre travail, et s'est abstenu. Cela a donné lieu à ce rendez-vous surréaliste. Nous créons dans le castelet, un nouveau spectacle contemporain qui, ensuite partira à la rencontre du public. Nous ne nous soucions pas, ou à la hauteur de leur intérêt pour notre travail, des réseaux de diffusion existants, parce qu'avec le Théâtre de Marionnettes itinérant, nous sommes autonomes.... Parfois nous avons le sentiment que les réseaux de diffusion nous en veulent, ne nous comprennent pas, s'amusent à nous faire des promesses qu'ils ne tiennent pas. Ce n'est pas que nous ne voulons pas travailler avec eux mais, sur le territoire régional,  ils ne sont plus notre priorité, ils ne sont pas les seuls liens unissant notre travail au public, l'espace public en est un autre et leurs promesses non tenues nous ont échaudées. Je créée et suis bouillant, l'esprit disjoncte, les mots s'envolent, le temps n'est pas figé, l'horloge de la représentation s'emballe, je n'ai jamais cherché à faire reconnaître mon travail par mes pairs,  je ne me suis jamais vraiment senti enfant de ce milieu, extérieur souvent, je cherche ma place. Je ne comprends pas un comité d'expert qui s'abstient. Je me demande quels sont les éléments qui font son jugement. Je me pose la question de sa légitimité, je me pose la question de sa compréhension de mon geste, de sa capacité à embrasser un champ qui lui échappe, je me pose la question de son objectivité, de son intérêt à ne pas nous soutenir, je me pose la question de son abstention... Le travail de création a commencé, nous partirons ensuite en tournée et nos partenaires institutionnels de la création et plus particulièrement la DRAC ne se sont toujours pas prononcés…

Heureusement que la production de La chambre (de Zette) ne repose pas uniquement sur eux, heureusement que le projet de diffusion est suffisamment étoffée pour que nous puissions accepter cette inconnue sans prendre de trop grand risque économique, heureusement que plus de 40 représentations de ce nouveaux spectacle sont prévues en 2007…Nous devons être hors norme. C’est cela, c’est peut-être à cause de cela que les relations avec les réseaux de diffusion traditionnels sont aussi difficiles. Parce qu'à notre époque, j’ai le sentiment que la notion de commande à pris le pas sur la notion d’œuvre d’art. Parce qu'à notre époque, beaucoup de producteurs ont pris l’habitude d’utiliser les équipes artistiques pour qu’elles déclinent à l’envie un concept défini en amont et pour lequel ils n’auront aucun problème à lever les financements. Parce qu'à notre époque, contrairement à cela quand nous, de La Cie Les Mille et une Vies concevons ce nouveau projet, nous ne répondons pas à une commande, mais il fait pleinement partie de notre projet artistique. Parce qu'à notre époque, nous devons être hors norme en continuant ainsi à suivre un chemin qui nous semble juste…

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