quelques traces des mois passés, pensées troubles

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

lecorpobjet2vert-copie-1.jpgPensées les unes après les autres allignées. La fatigue s'engouffre, l'esprit se fraye un chemin à travers le corps cassé. Ce matin il me fallait me lever, ne pas arrêter, de peur de tomber, ne plus pouvoir se lever...

Je regarde le chemin parcouru depuis quelques mois et une sensation de vertige m'envahit. Notre travail, nos choix, dans une époque difficile, prennent vies, s'épanouissent.

Il faut arrêter de chercher la lumière. Eblouissante lumière. Il faut descendre du piedestal. Il faut arrêter de cultiver l'art de la commande, freiner l'époque de la culture comme outil politique  et repolitiser l'oeuvre...

Mon métier est différent mais n'est pas supérieur, il fait partie de notre société; la société, je ne peux la regarder du dessus, je ne peux intervenir que de l'intérieur, seulement de l'intérieur.

Comment  se  retrouve-t-on là, à ce point séparé du public que l'oeuvre grandit sans se soucier de ce qui autour disparaît ? Le Théâtre de Marionnettes itinérant s'installe dans un espace inoccupé ; envahissant le vide il tente d'en tirer des pleins. Là ou l'applaudissement de fin de spectacle n'est pas une règle acquise ; là où l'art ne dit rien, se poser et construire.

Pensées, pensées perdues, éloignées...

Au cours d'un forum avant les éléctions présidentielles, je me souviens d'acteurs culturels pleurant sur leur sort. Je me souviens des paroles d'un directeur de centre dramatique (celui de Béthune) regrettant que lorsqu'il se rend sur la place de la ville, toutes terrasses dehors, il ne reconnait pas les gens qui consomment, qui prennent le soleil, il regrette que ces gens ne  fréquentent pas sa salle et ne le reconnaissent pas. De mon côté, je regrette, qu'il ne fasse pas le choix de les fréquenter, qu'il ne fasse pas le choix de travailler "le public au corps", qu'il considère comme acquise la place de l'art dans la cité....leurs lieux à eux, ceux d'en bas, sont à occuper. 

Mais pour cela, il faut sortir l'art du temple... 
mais autrement que lors d'un événement le protégeant de toute rencontre, de tout contact. Evénement, acte de consommation d'une époque toute entière tournée vers cela, la consommation de l'art aussi...

Des souvenirs remplisent, refont surface, le regard  des enfants, le regard des parents, souvenirs de deux mois passés dans une petite ville du pas-de-calais à travailler  à la création de notre nouveau spectacle . Bagarres, bagarres, avec le sens, avec le territoire, avec soi, bagarres avec le...  Et demain ; ne pas y penser ? Qu'en restera-t-il ? Demain  "le petit père" nous détruira  ? Si la peur est le seul moteur, alors autant baisser les bras... Mais la peur jamais ne m'a fait avancer, alors, contre vents et marées, contre "le petit père aussi", sans peur avancer...

Des mots, des mots...

Les anciens qui m'emplissent, ceux que j'ai lus, ceux que je n'ai pas lu aussi... Une ombre vite, une ombre qui marche, qui pleure, qui parle, qui est. Une ombre encore parlant. Rien ne sert de ... il faut...l'ombre des anciens plane au dessus de nos vies...

Pensées, vite dites mal (dé)écrites. Urgence avant le silence, une dernière fois avant la prochaine, encore un petit mot.... Et puis l'oubli, les chambres d'hôtel qui défilent, les visages qui se confondent. Qui ? Lui ? Elle ? il/elle m'a salué, mais qui ? La mémoire partie... Jeu de cache-cache, perte de mémoire.

Insensé... je deviens insensé ! Souvenirs, je ne sais pas, ce visage.

Et aussi, aujourd'hui, le bonheur de retrouver la salle, le bureau dans le quartier gettho de Lille-Sud Arbrisseau. Les sourires, face à la porte pleine de nouveaux tags, même pas jolies les nouvelles écritures alors, encore une fois, plutôt que de perdre kle temps à sollicter le bailleur, vite la repeindre et n'en parlons plus. Puisque j'y suis, changer, la boite aux lettres , elle en avait besoin...

Vite, avant la tournée, vite, encore un mot, de peur que le silence, et n'en parlons plus... Dans 15 minutes, encore quinze minutes, un rendez-vous, encore quelques mots avant, plus que quatorze minutes....

J'aurais voulu dire, mais non, ça y est, espace privilégié, endroit maudit, ne reste plus de temps, contradictoires les mots, alors le fermer, vite et bien, vite et longtemps, en prison... La porte franchie, qu'est-ce qui retse, tout nu, même celui qui ne fait que la visiter, qui en ressortira plus tard, plus rien, tout nu,
rien qui le protége, ce sentimant là... Ne les laissons pas faire, ne nous laissons pas faire...

Pensées qui s'embrouillent, élements qui se démèlent, j'enverrais peut-être le texte de La chambre (de Zette) à un comité de lecture... Mais la peur de faire lire, plus que de faire entendre, c'est étonnant, surgit...
trop plein, ça déborde, il est trop tard, vite un dernier pour la route... plus le temps, ne pas remettre à demain, c'est là que ça s'arrête, trop plein....


Publié dans Autre inclassable

Commenter cet article