images sensations de la prison, de marionnettes en souvenirs

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

casernparis0010.jpgCes derniers jours sans que je sache vraiment pourquoi, sont remontées des images-sensations de la prison. 

Sensations entières, rien n'est oublié,  les douleurs ressurgissent.  Corps brisés,  odeur,  et bien que je ne veuille pas de cela pour l'humanité qui m'entoure, exclure toujours un peu plus, j'ai du, contre mon gré utiliser l'oubli pour exclure cette réalité.  Rester en vie...

C'est ça, c'est cela, va au trou et ne t'en relève pas.

Travailler la mémoire, ne pas se laisser aller à l'oubli. Même lorsque c'est douloureux. Coursives, regards éclairés ou sombres, plus souvent sombres qu'éclairés. Attente, attente à n'en pas comprendre le sens. Grilles et barreaux, lumière qui filtre, tous les jours porter le poids du matériel, rien ne reste. Les oreilles qui débordent de résonnances et de cris lointains. Paroles, un instant la prison s'est envolé. C'est dans le champ que ça se passe. De l'autre côté de la Maison d'arrêt, des bureaux du Service d'Insertion, on voit deux tentes posées sur une langue verte bordant l'autoroute. Devant les tentes, deux chaises pliantes, du linge séche sur les arbres, ici et là. A en croire que les détenus sont privilégiés, mais non...

Mémoire qui prend le dessus, reviennent des images, des mots. Des mots de ceux croisés pendant un été, l'été dernier, détenus et gardiens, ensemble, êtres humains par le centre rejetés. Georges, Saïd ou Nasser, Patrick ou Alex où en êtes vous ?

Fermant les yeux...

Ces derniers jours j'ai senti revenir en moi ce goût amer que toujours révéle mon incapacité à changer la mécanique de la violence (si bien huilée). Ces derniers jours j'ai senti combien nous n'étions pas loin de chuter, tous, et de ne plus nous relever.

Une main tendue, juste une main tendue. Un espoir ou une croyance isolée dans la  masse d'indifférence ? Un regard qui construit. Croire. Croire, mais pas en "quelque chose" ou "quelqu'un" qui du dessus nous permettrait d'agir mais en la force que peut avoir une volonté, notre volonté, ma volonté.

Articulations qui craquent, l'humlidité fait son sale travail sur le corps vieillisant.

Peut-être faudrait-il que nous (ré)apprenions à nous écouter, à nous (re)garder plutôt que d'écouter le téléviseur nous (ra)conter l'autre. Peut-être devrions nous nous séparer de cet écran, du 36 cm au Plasma, parce que nous ne savons pas l'apprivoiser. Peut-être devrions-nous le défenestrer.

Mais attention, si certains tentent l'aventure, lorsque vous ouvrez la fenêtre, vérifiez que personne ne passe dans la rue avant de jeter le téléviseur. Mais attention, sachez que la société vous en voudra. Peut-être qu'un coup de sonnette prolongé, interrompra votre sentiment de libération, vous avez sali la rue ; peut-être sera-ce (comme pour Romain au Pavé), la porte de la prison  que vous passerez et si vous  y allez c'est la télévision que vous (re)trouverez......

Je revois des hommes enragés et je crois que je comprends la rage. Chaleur et sueur que faire ? Tête sans cesse contre le mur butant. Pendant la marche, la main effleure le béton. Histoire de se sentir en vie. A la fin de la journée les doigts sont irrités. Taper du poing sur la table, vide dedans, vide dehors, les mots sont blancs.

Censures, emprisonnements intérieurs ou rééls. Les os craqueraient sous le poids du corps ; sirènes dehors, sirènes dedans (mais pas les mêmes !), le feu grandit, je perd le fil, le sens.

compoatelier0005.jpg L'autre jour, j'avais face à moi G. à qui je proposais un emploi pendant l'été. G., je l'ai rencontré au cours de la tournée des jardins Lillois, "Marionnettes en Jardins et La Caravane" en 2004. C'était justement le moment où il sortait de la Maison d'Arrêt. A l'époque, bénévolement il nous avait aidé. G. je le sais parcequ'il me l'a dit, a donc fait un passage court par la case "ZonZon". Après sa sortie il a été disculpé.... L'autre jour, alors que je lui présentais le poste que je voulais qu'il occupe j'observais ses réactions et j'ai vu que ce moment là de sa vie, la prison n'était pas oubliée-guérrie.  La prison a détruit une partie de ce qu'il était. Alors que je lui présentais le boulot qui serait le sien pendant l'été, je voyais aussi dans ses yeux ses interrogations face à ma confiance. Pourtant, jeudi je le retrouve pour lui donner le brouillon du contrat de travail...Son premier vrai contrat (pas un mi-temps aidé) depuis longtemps...

Penser autrement...Accepter de partager ; et pas seulement ce que possède l'autre mais ce que nous possédons aussi. Tendre la main, juste tendre la main. Serait-elle caleuse, vaut mieux une main caleuse que pas de main...

Ce n'est pas par l'autre que tout commence mais par moi, ce n'est pas de l'autre que tout partira mais, de moi... et de main en main des villages se construiront... 

Publié dans Point de vue

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