constructions fragiles...

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

gaspard.jpgTellement simple, tellement fragile... Le théâtre de marionnettes itinérant que nous pratiquons est contemporain et ancien à la fois. J'ai le sentiment qu'il est un fil tendu entre ceux qui regardent et ceux qui font, fil d'émotion, fil du funambule, fragile. 
Combien de temps ? 
A chaque représentation je me demande aussi, malgré l'intensité, dans l'intensité du moment, combien de temps avant que ces moments simples soient mis au rebus, par  manque de volonté, d'argent, combien de temps ?
Le plaisir reste entier ; dans la salle, dans les jardins (pas pour l'instant), dans les salles du plus près, du castelet aux plaisirs ressentis, les moments ne font pas oublier la fragilité de notre construction.  La question revient, attaque de front, la fatigue du corps, fait ressurgir la difficulté de trouver des acteurs qui avec nous, continuent, veulent continuer, dans des conditions qui si elles nous semblent si justes restent si austères. Dans la salle, rires et émotions, remerciements après le spectacle, moments tellement simples, tellement évidents mais aussi, qui pourraient paraître si peu brillants... Si peu brillantes ces représentations, que ceux qui décident, ne se rendent peut-être pas compte de leur réalité. Si peu brillantes mais pour nous, pour ceux qu'elles touchent , tellement nécessaires ; là où nous sommes nous ne sommes pas à des kilomètres de la réalité, mais au contraire mains et corps entièrement plongés dedans.

Double sentiment, double questionnement donc.


Toujours en face du plaisir la question, pour combien de temps encore pouvons nous espérer faire vivre ces moments  exceptionnels. Eloignés des autoroutes culturelles nous vérifions jour après jour  la pertinence de cette présence du plus près mais  aussi, je sais combien nous risquons de nous faire balayer par une haute vague  destructrice.

danse.jpgUn autre risque guette,celui de la fatigue, de notre fatigue et de la difficulté que nous avons de trouver, dans les conditions dans lesquelles nous exercons notre métier des bras, des hommes de culture impliqués qui, se détournant des dorures du temple exerce simplement leurs métiers. Beaucoup de ceux que nous croisons ne veulent pas abandonner la recherche de reconnaissance ; celle de ceux du cénacle. Beaucoup de ceux que nous croisons ne veulent pas vivre une vie à 140, qui pas après pas les éloignent des places reconnues de la culture. Ah, la culture, la culture dans des lieux de culture. Volontairement, notre art s'exerce là où sont les hommes. Parce que nous l'avons voulu, parce que depuis longtemps nous considérons que ce ne sont pas les murs des musées qui font la qualité des toiles, parce que créant des oeuvre "tous publics", nous ne voulions pas les déstiner exclusivement à ceux qui fréquentent les établissements culturels et, jour après jour, représentation après représentation, nous vérifions nos choix mais aussi nous savons que nos choix, sont fragiles ; ils ne tiennent que grâce au croisement de notre volonté et de celles d'hommes politiques ou techniciens ;  il suffirait de peu pour que ce rêve s'interrompe. Nous n'avons construit aucun mur ou toit qui nous protégent...et la fatigue, le corps travaillé s'insinue parfois dans la joie et rappelle que notre réalité est aussi fragile que nous même...

Dans une société experte en consommation, en divertissement, en rentabilité immédiate, oui, du jour au lendemain, ce que nous construisons pourrait  être remis en question ; qui se soucie des 65 spectateurs d'un village qui en comporte 650....qui se soucie d'une entreprise comme la nôtre ?

Publié dans Point de vue

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Fabrice Levy-Hadida 26/07/2007 10:13

@Céline, étrange coincidence le premier spectacle monté en marionnettes après mes expérienecs d'acteur, c'était en 1988 je crois... dans le cadre de ma première compagnie, Les Petites Affaires,  s'appelait Genèse d'une détonation... Ce spectacle construit comme un patchwork poétique avec des mots, entre autres de Villon, le poème, la ballade des pendus, vous savez, Frères humains qui après nous...dits par le squelette d'un lapin habillé de la robe noire et blanche de la justice...

Céline 20/07/2007 15:17

Aimé par les foules, banni par les puissants et inversement,poète torturé, amant bourreau, François Villon a traversé sa vie, ses mille et une vies en faisant fi de ces questions... J'ai lu dernièrement "Je, François Villon" de Jean Teulé et je me suis souvenue des vos marionnettes.