faut que ça râle...faut que ça sorte, festivals et vieilles broutilles...

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

illusseul-s-1.jpgIl y a des moments, des moments comme ça... Je sens que ça monte, un drôle de sentiment, une aversion, des pensées multiples et contradictoires, une ralerie intime alors, faut que ça sorte... Je sais, je devrais pas. Je devrais tenir ma langue, l'attacher, la couper, coller mes lèvres, me taire ne pas l'ouvrir et, pourtant ça sort, ou, plutôt,  faut que ça sorte...
Finies  pour l'instant "les  aventures de Germain Lenain", c'est dans "la  chambre (de zette)" que nous nous retrouvons. Oui, nous avons commencé, première représentation donnée  à Wingles (62) la semaine dernière, nous serons à Calonnes-Ricourt (62) mercredi 1er août.
A deux on fait tout, on donne nos spectacles, on monte nos dossiers, on assume la technique et des fois ça bout, ça dérape, ça a besoin de gueuler. Dedans, ça tient un moment. Et puis voilà que ça sort que ça doit sortir sinon ça explose. Lisant ici et là l'actualité culturelle je me demande qui nous sommes, nous de la Cie Les Mille et une Vies, nous et  notre Théâtre de Marionnettes Itinérant perdus dans ces villes près du public, loin des festivals. La France est ainsi faite, l'homme aussi, l'humanité se rapproche avant de se taper dessus, j'ai toujours detesté les regroupements, même les familiaux alors imaginez, ceux d'une corporation, ceux d'une élite....
Depuis le démarrage de la Cie Les Mille et une Vies, après chaque représentation nous savons que nous avons touché un peu plus de public. Ce public de l'au plus près, ces visages éclairés, ces regards... un public, mais un public qui ne compte pas.  Lorsque j'écris, lorsque je construis, je ne lui donne pas de visage à ce public, je ne me dis pas que M. Machin qui dirige telle grande structure est mon public privilégié...
Avec le temps, retranchés dans les villes du plus près nous nous éloignons d'une réalité culturelle qui devient transparente ; je ne sais ce qu'auraient fait ceux qui m'ont précédés mais je pense que ce n'est pas dans ces grandes messes festivalières que leur art était le plus juste, ou alors il fallait qu'ils en soient les (ré)inventeurs constants, qu'ils soient constructeurs de sens... mais là...
Je le disais en commençant, faut que ça sorte, faut que j'expulse les mots avant qu'ils me pètent à la gueule. Mais lesquels, il y en a tellement en ce moment... 
Sans tri ça deviendrait illisible, sale brouillon qu'on ne donne pas à lire tant il est plein du meilleur et du pire aussi, mais là, pas le temps alors tant pis faut que ça sorte sans tri. J'aime pas ce monde dans lequel, chacun pour soi, on avance,  à chaque pas vérifiant par qui on est talonné, plutôt que de petits cailloux blancs, jetant des pièges sur le chemin parcouru pour ralentir les suivants... J'aime pas cette peur qui nous habite et de laquelle on ne se défausse pas, j'aime pas ce qui advient. Pour lutter contre cela, contre ce monde égoïste, j'ai choisi de  rester au plus près, de changer au plus près mais chaque fois le monde veut me rappeler la petitesse de mes actions. Je sais que c'est sa façon, de me faire changer d'objectifs , que c'est sa façon de me détourner d'une réalité qu'on transforme, me montrant le gateau éloigné et me poussant à le convoiter, il essaie de me faire oublier que j'ai des graines dans ma main et un champ sous mes pieds... Oui, nous avons tous des graines dans nos mains et des champs sous nos pieds et nous continuons, force de l'image, force de l'époque, force des pouvoirs communicants, de fréquenter les supermarchés... Et ceux de la culture, comme les autres s'appauvrissent-appauvrissent là où ils devraient enrichir, questionner, remettre en question, chambouler l'ordre  établi, ne pas se reposer, recommencer, toujours recommencer....
Vaines controverses, visibilité réduites, si nous voulons tous être vus par les mêmes, il faudra que nous nous résignions à ne pas être vus. Je n'aime pas le monde qu'on nous prépare, que nous préparons. Je n'aime pas cette idée que la reconnaissance moderne ne peut être donnée que par quelques experts nationaux. La reconnaissance moderne, nous devons la changer, et pour cela, si chacun de nous, dans sa ville son village, sa région, construit un nouveau centre, celui qu'on nous impose disparaîtra et nous pourrons... Mais non !!!  Ce n'est pas là que mes mots doivent mener, c'est trop lumineux, il faut que ce soit noir et sale, sans espoir, c'est là que ça doit aller, au mur avec le monde, pas dans l'espoir, le déséspoir je vous dis...
Je suis perdu, isolé, fatigué. Mes mains, la gauche plus particulièrement est pleine de courbatures, j'ai peur. Perdre une main gauche pour un marionnettiste serait la fin du monde. Texte fourre-tout, mots perdus, esprit errant. Faut que ça sorte...Je le disais, je recommencerais parce que là,; c'est pas fini, c'est à peine commencé, faut que ça sorte et ça sortira !
PS : illustration, une recherche de Frédéric Levy-Hadida  (mon frère) pour Seul(s) notre création 2004-2005

Publié dans Point de vue

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