représentation extérieure, théâtre de verdure et marionnettes à Calonne-Ricouart

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

FLINES.jpgEt la mémoire ?  Que deviendra-t-elle lorsque nous aurons disparus, que nous aurons arrêtés ; se forcer à tenir rubrique, plus ou moins régulière, plus ou moins "écrite", ouvre la voie de la trace ? Aujourd'hui faut pas qu'ça râle ? Si bien sûr, mais ça râle différent, ça râle un coup noir, un coup blanc et celui là, de coup, pour sûr il est pas noir.
Les bancs pleins d'ames ouvertes,  les représentations de La chambre (de Zette) ont commencé. Après Wingles en salle, la première représentation en extérieur a été donnée à  Calonne-Ricouart et pour nous, elle n'était pas facile. Et cela me semble normal, la chambre n'a pas, comme Germain, plus de 500 représentations derrière qui rassurent, là, c'est une première, l'angoisse du vent qui déstabilise, de la voix qui ne porte pas assez, du bruit de la petite ville autour du jardin, dans le théâtre de verdure, constant et présent, du faux pas, la peur de l'oubli et aussi ce noir face à nous, le noir du rideau du castelet, noir qui nous sépare du public, de son image, nous l'entendons vivre mais nous ne le voyons pas, sans habitude face à ce noir, alors, oui, première pas facile, la peur pendant et quand on sort, qu'on exprime humainement nos doutes, le regard du public, son sourire qui sauve, ses remerciements encore....encore une fois, nous nous retrouvons là ou nous devions être. Simplement.
Monter le Théâtre de Marionnettes Itinérant pour la chambre, en extérieur est plus fatiguant que le monter pour Les Aventures de Germain Lenain. La forme est plus lourde, des décors peints sur rails, des réglages minutieux qui doivent s'adapter aux terrains toujours différents. Même si le cadre du castelet reste identique, les lieux sont différents ; quand retrouvera-t-on l'inclinaison du terrain telle que celle que nous avions à Calonne-Ricouart. Les sols changent aussi, bitume ici, pelouse tondue là ou encore herbe sauvage trempée. Il nous faudra du temps pour trouver la mémoire de la chambre et penser que sous nos pieds le sol est assuré... Oui, il nous faudra du temps et je n'en suis pas mécontent.....  pour que paraisse l'oeuvre, il faut accepter que le temps la travaille, elle ne peut être immédiate et grace à sa lente inscription dans le temps nous trouverons notre place. Oui, plus tard, la fatigue de ce montage avant la représentation sera connue de nos corps, le démontage ensuite sera tranquile, sans peur de perdre la mémoire, avant la nuit tombée. Mercredi, avant le spectacle, des enfants du quartier tournaient autour du castelet, étaient impatient que le spectacle commence, pour les tranquiliser, nous avons sur les bancs posé des petits bouts de papier blancs sur lesquels ont écrit leur prénom et le mot "reservé". Après le spectacle certains d'entre eux nous ont regardé démonter, nous ont aidé à ranger dans le camion le matériel et lorsque nous partions, il en restait un sur son vélo que nous laissions là et  qui nous regardait partir....
Plus tard, doux moments ; démontage terminé et route avalée à grandes rafales de vitesse, lorsque nous rentrons, les corps sont cassés, la journée a été longue pour nos deux squelettes. Emotions et pressions physiques ont fini d'achever nos carcasses. Et quand, derrière les paupières closes, je rejoue le film de la journée et de son humanité, discussions avec Ludovic ou Laurent nos interlocuteurs à Calonne , discussions avec le public, les enfants qui volètent impatients et heureux et toujours, ses yeux pleins de lumières, ces regards, ces remerciements je me dis, jusqu'aux prochains assuts du doute, que contre tout l'or du monde je n'échangerais pas ma place...dans la proximité.
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