un dimanche sous la pluie, une cloture sans marionnettes

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

PIC-0359.JPGIl faudra, plus tard qu'on écrive notre bilan. Quantitatif avec des chiffres, le nombre de kilomètres parcourus, j'ose pas les compter, en deux mois, le nombre de spectateurs en regard  du nombre de représentation, des actions de sensibilisation, des ateliers menés, les coupures de presses,  les coupures de courage, les défaites et le victoires, il faudra qu'on les (d)écrive ces chiffres. Et puis aussi, qualitatif, il faudra qu'on l'écrive le bilan, les retours publics, les avancées sur des territoires éloignés, le rapport à la population, aux spectateurs, aux usagers d'ateliers, les rencontres humaines. Il faudra qu'on dise le bien, tout au long de cet été ressenti ; mais il faudra qu'on dise le mal aussi, les difficultés, certaines fois le consumérisme, des partenaires prenant notre proposition comme offre clé en main sans réelle appropriation ; il faudra. Mais pour l'heure, quelques jours de bilan intérieurs et de derniers calages sur des actions qui démarrent début septembre avant de faire une coupe d'une semaine....oui, samedi c'est vacances pour une semaine !
Je jette un oeil derrière, le temps a couru. Depuis longtemps le temps court ..Depuis le démarrage de la Cie Les Mille et une Vies, j'attendais que le temps courre et voilà, on y est arrivé, il court et nous courrons derrière lui. Maintenant que la tournée est fini, que le castelet est rangé, que les bancs sont repliés, je peux le dire, il m'est arrivé à plusieurs reprises, pendant l'été d'être convaincu qu'on allait  chuter, à force de course, qu'on allait tomber. Mais non, nous avons fini la tournée sans trop de casse, nous avons tenu l'ensemble des dates, entre le 1er juillet et le 19 août soit 30 jours d'actions, 30 représentations, 80 heures de sensibilisations, plus de 3 000 spectateurs plus tard nous sommes encore debout. Certes les pendrillons et le matériel du castelet sont au séchage à cause de notre défiance face au temps orageux le dernier dimanche, certes nous sommes fatigués, cernes sous les yeux et courbatures, certes nous avons besoin de recul et de vacances face à tout ce que nous avons vécu, certes nous sommes tendus mais je crois, je suis intimement convaincu que ça valait le coup de prendre le pari, ce chemin de traverse. Même si sur ce chemin nous sommes bien seuls,  même si sur ce chemin le temps n'installe pas la tranquillité comme il pourrait le faire sur la scène du temple, je dois avouer que le doute sur la route m'a pris...  Combien de militant encore aujourd'hui, sur ces routes là, chaotiques et difficiles pour ne pas dire impraticables, continuent ? A voir ceux qui nous accompagnent aujourd'hui, constatant combien il est difficile d'entraîner derrière nous, dans le sillon creusé de nouvelles aventures, j'avoue, le doute me saisit parfois. C'est vrai, avec la fatigue, le parfois  ressemble au souvent et quand petite équipe, seuls, le soir, nous regardons de la fenêtre de l'hotel la route crasseuse qui nous entoure, et que nous sentons autour de nous, au dessus de nous ce ciel bas et lourd qui nous enfonce, nous ne pouvons dire que nous ne doutons pas et que nous ne rêvons pas, nous aussi et comme ceux que nous avons laissés, de loges dorés, de petits fours délicieux, de gentilles attentions toujours bienvenues mais jamais assez
nombreuses , et qui, au final laisseraient nos egos démesurés toujours insatisfaits.... Mais c'est vrai aussi qu'écrivant ces rêves fugaces, je ressens la même chose que lorsqu'ils me saisissent ;. une absence d'envie, d'émotion, et j'entends, comme alors, remonter la voix de cette question qui me taraude, mais pourquoi courent-ils donc ? 
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