Le territoire de l'au plus près, un choix de compagnie...

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

DSCF2357.JPGJour après jour nous essayons de faire paraître La chambre (de Zette) dans sa forme salle, tout au moins les jours ou nous réussissons à dégager du temps pour répéter.  Ce spectacle, ce personnage, ces marionnettes me donnent du mal, ou du plaisir, ce spectacle est plein d'inconnues que nous essayons de réduire.
Mais nos choix, avec le temps démontrent leur lourdeur et tentent de mettre à mal notre engagement. Deux, à essayer, d'assumer, mouvement des décors et des personnages, deux c'est pas assez ; deux à assumer montage et démontage quand nous sommes sur le territoire de l'au plus près et que nous voyons ce que d'autres ne voient pas, deux c'est pas assez. Les endroits où nous nous trouvons ne brillent pas, et si nous faisons rêver les spectateurs que nous croisons le temps de notre présence, difficile de ne pas remarquer la misère et la grisaille qui nous entourent, difficile parfois de ne pas avoir envie de légèreté.
Oui, le monde réel est sans paillette ou artifice, le monde réel, la France du plus près est triste et pauvre. Elle a peu accès à la culture, à l'art, elle se retranche dans sa maison au bord de la route. Des villes construites le long de routes. Dans ces conditions, quand nous faisons la route vers Marles-les-Mines ou autre territoire éloigné, cette tristesse nous emplit. Difficile de ne pas se sentir isolé sur ces territoires ; villes traversées par des routes dans lesquelles les endroits ou rencontrer l'autre sont rares ; même les cafés sont vides...
Artistes dépressifs ? Non, artistes fatigués...
Certains jours arrivant à Marles et regardant le ciel, j'entends résonner les mots de Rimbeau pour qualifier le ciel du nord (ou de l'Est ?) , un ciel bas et lourd, qui couvre comme un couvercle... Oui un ciel  lourd, une campagne traversée par des routes, un monde rural bruyant... Le chant des oiseaux attend le dimanche pour se faire entendre...  Et quand nous courrons de ville en activité, de spectacle en atelier, de répétition en préparation administrative et que nous prenons le temps de regarder autour de nous les paysages, il  nous arrive de nous sentir bien seuls... Dans ces villes qui sont belles, la solitude a pris le dessus au gré des déconstruction de services public ; il est rare de voir les gens flâner...
Le 17 novembre Christian Chabaud m'a invité à intervenir dans le cadre d'un colloque sur l'action artistique et le territoire. Pour introduire mon intervention, il me demandait un texte le voila ci-après reproduit qui parle de ce choix, notre choix...

Face à toutes ces questions, d’éducation artistique, de territoires, de publics, de transfert de compétence, il n’est pour nous, de la Cie Les 1001 Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant qu’une seule réponse qui convienne, le choix ou, la volonté (selon qu’on en parle de manière intime ou guerrière) ; le reste, les financements, les moyens, les acteurs existants, découlera (ou pas) de ce choix initial. Artistes, nous aurions pu  accepter d’être des outils à la disposition de structures de développement culturel et répondre à des « commandes » puis, « tourner dans les réseaux existants » et « pré-construits » mais nous avons fait le choix de travailler sur des formes légères ne nécessitant pas la logistique habituelle de création (salle équipée, technique développée, personnels surqualifiés…) .
Ces formes légères de création, créées dans notre Théâtre de Marionnettes Itinérant nous permettent d’investir des territoires éloignés des équipements culturels et surtout, de toucher des publics ne se déplaçant pas vers les équipements susmentionnés.
Si nos formes de création, autonomes, légères nous permettent d’occuper des espaces éloignés des réseaux culturels nous avons décidé avec nos partenaires de territoire (agglomérations, communes, associations…), de la mise en place d’actions de développement sur ces territoires. Temps de résidence de création dans des petites communes, accompagnés de programmes de sensibilisation vers les scolaires, vers le tous publics, d’avant-premières, nous devenons des « artistes partenaires  de territoires »… statut qu’il nous a fallu inventer, défendre avec patience dans le temps et qui même s’il s’est solidifié ces dernier mois reste fragile parce que « hors cadre ».
En 2007 nous aurons parcourus plus de 35 000 KM sur le territoire régional, donnés 75 représentations dans 30 communes (dans des salles des fêtes, salles de sports, bibliothèques, théâtre municipal, jardin public…), animés plus de 350 heures de sensibilisation dans des cadres variés (ateliers découvertes courts, stages, ateliers hebdomadaires…)…
Compagnie professionnelle nous essayons de participer à un véritable développement culturel territorial et c’est notre choix !
Fabrice Levy-Hadida
pour La Cie Les Mille et une Vies


La suite se dira en direct, au cours du colloque.
Pour aujourd'hui j'arrête là, après ceq quelques mots pour tenir le journal de bord, juste quelques mots comme un signe, juste quelques mots...

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