un dimanche à marles-les-mines

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

PIC-0457.JPGOn va partir. Il est bientôt temps. Prendre le temps de se préparer, café, douché vite la voiture, vite la route et on y est. Ca recommence. L'urgence. L'urgence recommence, prend le pas sur le reste. Encore une semaine et on donne à voir, on se donne à voir. Ce sera l'heure des premiers pas, premières rencontres publiques de cette nouvelle version ; l'angoisse s'installe. Oui, aujourd'hui l'angoisse s'installe, les nuits sont courtes, peuplées de mauvais rêves. Rien n'est prêt, tout se construit ! Toujours pareil, jamais la même, l'angoisse se renouvelle. Notre pari est difficile à tenir. C'est en ces temps de création, que les peurs se font plus grandes. C'est aussi en ces temps que l'urgence pèse de tout son poids. Nous y arriverons ! Nous n'y arriverons pas ! La peur d'avant la représentation, d'avant la première représentation grandit, prend le dessus, nous fait avancer. On pourrait se dire  "ce ne sera que des avant-premières", mais ça ne change pas l'angoisse. Et puis dedans encore, l'angoisse du temps qui passe et des choses à faire qui ne sont pas faites ; des dossiers en cours  qui restent désespérément mis sur le côté ; dossiers dont la date butoir approche et qui ne sont pas constitués ; angoisse pour ce blog, journal que nous n'arrivons pas à alimenter comme nous le voudrions ; angoisse pour ces communiqués de presse que nous n'envoyons pas, toutes ces choses à faire, toutes plus urgentes les unes que les autres que nous ne faisons pas ! Pourtant , il n'y a pas de relâche, nous ne nous l'autorisons pas. Dans ces moments, nous nous apercevons que tentant d'avancer nos pas sont lourds, que nos esprits sont engourdis ; nous y arriverons ? 
L'esprit est plein, déborde, nous sommes fatigués. C'est dans ces moments aussi que parfois reviennent les doutes sur nos choix ; c'est dans ces moments que nous imaginons avec amertume dans quelles conditions se ferait la création si nous n'avions pas fait certains choix. C'est dans ces moments que nous imaginons avec quelques regrets ce que serait être artistes entourés, construisant oeuvre dans un écrin !  Nous ne serions pas sur ce tout terrain sur lequel il faut tout construire ; territoire sur lequel, isolés nous construisons autrement. Je sais que ces regrets ne durent pas mais c'est dans ces moments qu'ils sont plus vifs.  J'imagine un autre temps, un autre façon de projeter notre art. Si nous n'avions pas décidé "l'itinérance" et la mobilité ; si nous avions cherché les scènes du temple, si nous n'avions pas pensé que l'art est politique. Imaginer que nous serions dans un lieu dédié à la création ; imaginer que nous pourrions ne nous soucier que de la création ! Imaginant tout cela je sais aussi, que nous n'envisagerions pas la création de la même manière. Et comme un château de cartes, les doutes s'affaissent et revient la croyance en notre réalité. Cette réalité si difficile, des"Faiseurs de Théâtre" construisant de nouvelles scènes.
PIC-0464.JPGAngoisse du temps qui passe. Au coeur, au centre, la fragilité.  Fragilité des hommes, des projets, des objets. Mots mis les uns après les autres ; construisant sens un jour, incompréhensibles un autre.
Aujourd'hui, à Marles-les-Mines nous devrions caler la dernière scène, la plus difficile et, si tout va bien, nous pourrons à partir de demain travailler les transitions. En somme, un dimanche comme la autres à Marles-les-Mines. Ensuite, à partir de ce que nous ayurons fait aujourd'hui, si tout va bien, nous pourrons filer et vérifier dans la durée la cohérence du spectacle. La chambre (de Zette), forme de salle voit le jour difficilement ; scène après scène nous bataillons pour la faire paraître,  l'arracher de nos nuits. Mais toutes ces difficultés, font partie du jeu que nous avons choisi de jouer, cela je le sais. Toutes ces difficultés sont aussi notre bonheur, elles nous construisent. Et si parfois nous doutons, très vite, dans le regard de spectateurs toujours enfants, nous  retrouverons le sens de nos luttes. C'est vrai nous n'avons pas de sérenité, nous n'avons pas placé la création dans un écrin, nous ne l'avons pas mise au dessus des lieux de vie de l'homme, mais nous avons cela, ces regards émerveillés de gens que nous n'aurions pas rencontrés si nous n'avions pas fait le pas, ce pas. 
Bientôt nous partirons, il est temps de partir. Après le temps  des mots, le temps de la route. Nous retrouverons, Zette, les deux vieilles et, l'Oiseau. Oiseau de la photo qui trouve depuis quelques jours sa forme définitive. Marionnette sur pied à roulettes au grand bec et à la voix étrange. Sa voix, celle de l'oiseau, je ne l'ai pas encore tout à fait trouvé, ce soir ce sera fait. J'arrête là les mots du dimanche. Point. Vite, il faut partir, le temps passe, les mots s'effacent. 
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