voir et écouter sans juger....

Publié le par Fabrice Levy-Hadida Cie Les 1001 vies

DSCF4033.JPGTendre une main, ne pas  se laisser envahir par l'indifférence ; voir et écouter sans juger. Le temps presse. La déshumanisation l'emporte souvent. Il ne faut pas oublier, il ne faut rien oublier. A Douai, à Wingles, sur les territoires de La Porte du Hainaut ou de Artois Comm. , comme nous l'avions fait à Lille, nous tentons de construire autrement ; une autre histoire, notre histoire.  Mais, vieillesse ou lassitude, en ces temps de travail acharné, la fatigue gagne du terrain. Les conditions de travail que nous avons choisies, nous, constructeurs d'un théâtre de proximité, nous mettent  sur les genoux. Aujourd'hui, malgré notre mobilité et notre réactivité, nous nous trouvons face aux limites humaines. Le don d'ubiquité ne fait pas partie de nous, nous ne sommes pas des sur-hommes.
Dans les espaces éloignés, monde rural ou quartier difficile, espaces souvent coupés du monde de la culture, nous promenons notre regard et notre Théâtre de Marionnettes Itinérant. Aujourd'hui nous nous demandons, pendant combien de temps pourrons nous continuer de faire cela seuls ? Corps brisés, genoux qui fatiguent, montages et démontages qui s'enchaînent à fol rythme. Ateliers et discussions, rencontres après les représentations, public qui après le spectacle nous dit son plaisir de spectateur, ses émotions, ses résurgences d'enfance et aussi son plaisir... de voir la salle des fêtes devenir un théâtre. Cher public qui à un moment de la conversation, regardant le castelet et les marionnettes, câbles et fils et bouts de ficelle constituant la magie, frappé par notre "itinérance", nous dit "bon ben j'vais vous laisser, si vous démontez ce soir,
vous avez encore du travail ..." Cher public conscient que le moment de bonheur partagé ne naît pas sans effort... Et toujours, après que le dernier spectateur soit parti, nous avons un temps de flottement avant de nous jeter, énergie de la dernière charge (pour le jour) sur les deux  heures de démontage et chargement. Pour que ces temps de bonheur là vivent, dans la salle des fêtes ou la salle de sports nous arrivons tôt le matin et repartons tard le soir...
Alors, voyant cela, en cette fin d'année 2007 constatant notre fatigue et, pour préserver ces rencontres, je me dis qu'il nous faudra vite trouver des soutiens. En 2008 je vais essayer de rencontrer des partenaires culturels avec lesquels nous pourrions travailler, sur lesquels nous pourrions nous appuyer, pour continuer d'avancer autrement. Il me faudra décrocher mon téléphone et prendre des rendez-vous et essayer de les convaincre... Pour ce qui est de 2007 et de la tournée de Noël, il  reste une semaine, cinq représentations à Avesnes-le-Sec et Wingles, près de sept cents spectateurs prévus les 18, 20 et 21 décembre puis, le 22 une restitution de travail et enfin, après le dernier (pour 2007) déchargement du camion, les vacances. Oui, nous nous mettons en pause du 23 décembre au 1er janvier.
Peut-être pendant ces vacances, passerais-je ici poser des mots en corbeille mais, peut-être ne le ferais-je pas... En tout cas je sais que cette semaine de pause, je l'attends avec impatience. Prendre du recul, souffler, mon corps vieillit, j'en ai besoin. En 2008, je pourrais peut-être dire que l'année 2007 a été folle ; une année courrant de Wingles à Marles-les-Mines, de Béthune à Bruay, de Douai à Lille salissant la planète en donnant à voir notre art. En 2008, je pourrais peut-être prendre le temps de poser le projet de La Cie Les Mille et une Vies, compléter notre équipe en finalisant notre recrutement ; recrutement démarré et interrompu brutalement (le dispositif dans lequel nous comptions ouvrir les postes, du jour au lendemain, ayant été remis en question)... En 2008 je pourrais écrire le texte de notre prochaine création et imaginer sa forme. Mais aujourd'hui, 2007 encore je sens la fatigue et je peux dire qu'esprit et corps fatigués, mes oreilles entendent trouble et mes yeux voient sourd...
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