Mots sensibles de Yann S.

Publié le par Cie Les Mille et Une Vies

Je reprends ici les mots de Yann Stenven  et publiés sur le Blog Marionnettes au Collège...

Mercredi 9 janvier 2008
 
 
            Un instant de noir, un glissement de tringle et la lumière nous dessine une chambre d’enfant.Sur l’étagère, un petit chien ondule la tête, anodin cabot à priori, mais fidèle ami de Zette, cette petite fille qui franchit la porte de sa chambre pourchassée par sa mère impitoyable pourfendeur de devoirs non faits.
            J’aime ce chien qui dodeline de la tête, non que Zette ne soit pas séduisante, de ses grands yeux bleus, ses cheveux aériens quelque peu en guidon pour foncer dans l’aventure ou en « cornes de buffle» sans être pour autant la dupée de l’histoire car de ses pérégrinations Zette sort, non pas grandit mais plus sûr de sa réalité, de sa vérité d’enfant, de son Amour.
            Petit chien qui m’aveugle ou plutôt me rends sourd de ma mémoire, j’en ai oublié son nom pourtant prononcé tant de fois par Zette mais que l’on m’excuse, ce que j’ai dans l’oreille et qui me chatouille le pavillon c’est la ritournelle de Zette – « Hum !hum ! HumHUmHUm ! HUM ! hum ! » Chant d’enfant qui me semble moins présent dans cette version que la première car le renifleur a pris sa place. Car, si je ne m’abuse, le toutou de l’étagère est devenu au fil des tableaux  la présence rassurante, le lien à la chambre et ainsi Zette chante moins pour se rassurer, elle cherche son petit chien : Graal d’une quête de soi qui mènera jusqu’aux marches, non du palais mais de soi, pour entrouvrir son existence au monde et en prendre conscience.
            Un chien qui pourrait se nommer MacGuffin*, objet déclencheur de l’histoire, de l’aventure, après tout, n’est-ce pas lui qui précipite le départ de Zette pour le train, ne la devance-t-il pas ? Lui que l’on retrouve assis dodelinant de la tête sur le banc du train face à l’Ombre et que l’on retrouve enfin, bien en place sur son étagère, toujours agitant la tête quand Zette recouvre la chaleur de sa chambre et l’assurance de l’amour maternel.
             Oui, un compagnon à quatre pattes qui me parle, m’emmène dans le monde de Zette, métaphore du mouvement, de la vie. Premier objet perçu sur le meuble et qui vit comme on le connaît, en  bougeant de la tête, dans un mouvement doux et lancinant.

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            Un chien à l’idée de voyage comme ceux que l’on voit parfois sur les plages arrière des voitures, un chien qui ouvre la voie à Zette sur des chemins de l’imaginaire dans une mise en abîme de la réalité, de la représentation d’un monde. Un objet d’enfant métaphore du réel, gage que ce que l’on va voir, entendre est vrai. Une balise de vie dont la marionnette de Zette va se saisir dans la respiration que lui donne la voix, le mouvement que lui donne la main, l’espace que lui offre le décor.
            Décor, non ! de vrais espaces, des lieux que parcourt notre œil, qu’écoute notre oreille et ressent notre émotion : on entend le train, on vibre de ses secousses, on perçoit le bruissement des herbes dans le jardin, on sursaute à l’insecte boustifailleur qui s’étire dans la végétation qui capte notre regard pour qu’explose ensuite en complémentaire les couleurs de l’oiseau et après avoir oser gravir le grand escalier, l’on prend possession de la chambre de Zette comme de la nôtre, enfant, quand elle était aussi notre refuge, notre antre de sérénité en échappatoire au monde, aux – «  Zette ! Zette ! As-tu fais tes devoirs ».

Texte en regard du spectacle « La Chambre de Zette » Compagnies des Mille et une vies. Merci à Dorothée et Fabrice pour m’avoir mené chez eux.

* Le MacGuffin est un concept original dans le cinéma d'Alfred Hitchcock. Ce terme est utilisé par le cinéaste pour désigner l'objet qui sert de prétexte pour déclencher l'intrigue, par exemple les formules secrètes des 39 marches, l'uranium dans les bouteilles de vin dans Les Enchaînés, la somme d'argent volée dans Psychose .
 

 

par yann stenven publié dans : Point de vue enseignant
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