un scène nouvelle ; des mots anciens, une vieille note... de musique...

Publié le par Fabrice Levy-hadida - marionnette - Cie Les Mille et Une Vies

Publié le 20 janvier 2007, le texte qui suit me semble encore d'actualité et puis, surtout, j'aime bien sa tonalité... Pour ceux qui ne l'auraient pas lu, je réédite ; une scène nouvelle, c'est ainsi que je l'avais nommé...excusez mes approximations orthographiques et grammaticales mais ce texte brouillon est peut-être le brouillon de ma recherche actuelle autour d'une autre façon de structurer. Structurer pour tenir ; j'en reparlerais plus tard, pour l'heure, je vous laisse avec les mots de janvier 2007.

Ils voudraient que nous nous pliions à leurs règles alors que nous n'intervenons pas dans leur monde. Ils voudraient que nous pleurions avec eux leurs débâcles et que nous donnions nos voix à leurs combats dépassés. Ils voudraient que nous nous contentions des cercles établis. Ils voudraient que nous pensions comme eux. Ils voudraient que leurs mots soient les nôtres. Ils voudraient que leurs gestes soient les nôtres. Ils voudraient que nous nous taisions sous peine d'exclusion durable de leurs cercles. Ils voudraient que nous aimions le public d'abonnés et l'élite.
Ils voudraient que nous reconnaissions l'excellence de leur art, la justesse  de leurs critiques, l'évidence de leurs choix.  Ils voudraient que nous rejoignions leurs réseaux. Ils voudraient que nous courtisions le prince, les princes. Ils voudraient que nous remettions en question les choix que nous avons fait. Ils voudraient que nous soyons déférents. Ils voudraient que nous nous battions pour être de "leurs amis". Ils voudraient que nous acceptions de nous aligner dans la course à la scène du temple. Ils voudraient que nous nous cassions la gueule.

Ils font des lois qui ne prennent pas en compte notre réalité, la réalité du monde. Ils font des choix budgétaires qui favorisent leurs amis. Ils détruisent ce que les précédents ont commencé de construire. Ils s'amusent en regardant "les artistes" engagés dans la course à la concurrence. Ils disent ce qui est beau. Ils disent ce qui ne l'est pas. Ils disent le bien qu'ils pensent de tel. Ils disent le mal qu'ils pensent de tel autre.  Ils se foutent du "fond". Ils se foutent aussi de "la forme". Ils pensent que le théâtre sans public n'est pas un drame, le théâtre aura disparu bientôt. Ils laissent les cercles s'enfoncer attendant de pouvoir couper tout ce qui restera, plus grand chose, les quelques têtes dépassant encore quand les corps enterrés ne se laissent plus voir. ils commettent des experts qui répètent leurs mots. Ils s'appuient sur des éléments des cercles pour détruire les cercles. L'art de la guerre, ils maîtrisent. Le théâtre va mal ? Les musées vont mal ? L'art contemporain va mal ? Le service public de la culture va mal ? C'est très bien, il n'en a plus pour longtemps.
Lorsque nous parlons à "ceux de la culture" de notre expérience, de notre travail, du public que nous touchons, je vois souvent dans leurs regards qu'ils ne nous comprennent pas. Je vois dans leur regard que le choix de nous déplacer vers le public (coûte que coûte) , choix que nous avons mis au coeur de notre structure, de notre création, de nos actions, ils ne le comprennent pas. Quand nous leur disons qu'en 2006, nous avons refusé de participer à des Off de festivals (certes prestigieux mais n'achetant pas nos spectacles), ils nous ont pris pour des fous. 
Et voilà que pendant que d'autres allaient se montrer dans des petites salles, dans des festivals (seulement rétribués par les recettes de billetterie), nous vendions nos spectacles, nous mettions en place des actions, des représentations sur des territoires éloignés des réseaux culturels face à des publics neufs et émerveillés.
Pendant que beaucoup des acteurs, avec le fruit de leurs recettes peinaient à se payer un verre après la représentation, nous nous salarions et nous développions notre projet hors des cadres habituels. Education populaire, démocratie culturelle qui, encore aujourd'hui  se bat pour ces nobles notions. De moins en moins nombreux les artistes, les équipes ayant le courage de mettre leur coeur dans ces combats ; il reste des poches de résistance ici et là.
Pourtant l'art participe à faire grandir, à mieux vivre avec soi, avec l'autre. Et dans notre époque, plus que jamais, cela semble important. Un peu comme l'air, l'art est indispensable, pas aussi vital mais tout autant indispensable.
Tant que ceux qui finançait l'art le comprenait, il continuait d'exister. Mais le temps est arrivé ou ceux qui financent l'art, ne fréquentent plus les lieux dans lesquels il l'ont enfermé. Alors, il est facile pour eux, de rayer de la carte ces lieux inutiles et ceux qui en vivent.
Et quand les réseaux de diffusion de l'art ne s'adressent plus qu'a une minorité d'habitants, d'élus, il est en danger.
Pour inverser la tendance, il est urgent de ré interroger nos métiers et les cadres dans lesquels nous les pratiquons. Ce n'est pas les ingénieurs et autres administrateurs culturels qui pourront le faire ; ce sont les artistes qui doivent être au coeur des ces interrogations, de ces transformations. Ils ne doivent pas uniquement être occupés à courir la course à la survie, à la préservations d'acquis fragiles, de financements étriqués. Artistes il faut réinventer les pratiques, s'interroger sur les destinataires de notre faire et les cadres dans lequel le temps nous a enfermé. Et quand nous aurons commencé de comprendre les réalités violentes actuelles, nous pourrons aussi commencer de désobéir et travailler à construire une société dans laquelle nous sommes à notre place.

La recherche de la scène reconnue, le piédestal , ne doivent plus occuper la majorité de  notre énergie. Dans notre époque ou les musées ou les scènes pour tous n'existent pas (plus?), il faut les recréer parce qu'il y a urgence avant notre disparition.

Publié dans Point de vue

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