les bottes des marionnettes en spectacle ne font pas le même bruit...

Publié le par Fabrice Levy-hadida - Théâtre de Marionnettes- Lille- Douai - Cie Les Mille et Une Vies

La Cie Les Mille et une Vies, ses salariés, ses objets, ses marionnettes, son Théâtre de Marionnettes Itinérant,  tous, sont en vacances.... Semaine posée, nous avons décidé, depuis lundi 7 et jusque lundi prochain de prendre quelques jours de vacances avant de continuer, de nous y remettre ; et je constate que je n'ai pu m'empêcher d'aller au bureau, de travailler, de m'avancer dans quelques tâches, de faire montages et autre calculs. Dorothée a fait de même, avançant dans un fichier d'envois et dans diverses réparations et préparations d'ateliers. Lundi et mardi j'y étais ; avant-hier mercredi, c'est Dorothée qu'y s'y collait ; nous n'arrivons pas à nous décoller de notre réalité. Cet espace, le blog, Marionnette(s) en Prison, je devrais l'oublier, l'abandonner, ne pas en être pendant des vacances mais, voila, ça n'est pas moi, cet espace j'y viens quand je veux, et, quand je peux, je l'alimente....
Pendant ces jours de "simili vacances" la réalité est soudain plus frappante, les yeux regardent autour de moi et semblent découvrir la transformation tranquille mais inéluctable de notre société.  Quand je vais au bureau, et que je regarde  y allant, au delà de notre territoire, de nos locaux, ce qui me parvient de ce quartier de Lille, me fait découvrir une réalité triste, un quartier abîmé.  Et au delà, dans la ville, la région, le pays, le même sentiment m'assaille... Humainement, il y a tout a construire mais, le monde avance détruisant systématiquement les constructions humaines. Les rebellions sont vite écrasées... Serait-on en guerre et nous la cacherait-on qu'on ne s'y prendrait pas autrement...Les bruits de bottes reviennent ? Bruits accompagnés par le doux son des tiroirs caisse... La Guerre, facteur de croissance...  Vite se taire, vite retourner aux abris. La peur s'installe, elle est lisible sur les visages. J'étais étonné lundi soir, rentrant du bureau, lorsque sortant du métro, je vis la ville désertée ; devant moi une jeune fille semblait se diriger vers son intérieur, presque courant, écouteurs bien enfoncés dans les oreilles ; tentant d'éloigner sa peur, monde de peur, elle courrait presque pour échapper à ce monde... Les rues étaient vides !
Il ne faut pas se laisser faire, il nous faut reconstruire la confiance, il nous faut rétablir les lignes mais, les caméras se multiplient ; mais, "le journal de référence confond "jeune à capuche" et "racaille" ; mais, les hommes en bleu semblent moins hésiter à requérir à la force, à la matraque ; mais, des hommes meurent en tentant d'échapper aux forces de l'ordre ; mais, le taux d'occupation de certaines prisons a dépassé les 178% ; mais, Jéremy, 19 ans est retrouvé mort dans sa cellule ; mais les tribunaux ne s'occupent pas de certaines "affaires"... N'oublie pas, si tu ouvres la bouche, je cogne alors, n'ouvre pas la bouche si tu ne veux pas que je te cogne.
Je me dis qu'il n'y a pas a désespérer, que la jeunesses avancera et que nous, quarante ans dans nos poches, nous suivrons. ... J'ai fermé les yeux et j'ai pensé à autres choses, je me suis mis en vacances...
Avant de nous mettre en simili vacances j'ai animé un stage au Collège Châtelet pour les 6 collégiens participant à l'Exploration Marionnettique. J'avais décidé de faire monter la pression pour les faire avancer plus vite. Le temps était compté, j'avais trois jours, trois séances de 4 heures, pour amener les collégiens à créer un objet marionnettique filmique ou spectaculaire. C'est ainsi qu'ils ont écrit TEMOIGNAGE(s), racontant leur histoire, utilisant ce qu'ils avaient compris de l'art de la marionnette pour que ce film soit le leur... animé... Malgré la pression, avec les collégiens, Andréa, Antoine, Nazhia, Nabil, Margaux et Simon, pendant ces trois jours, nous avons passé des moments sensiblement agréables  ; mais à aucun moment malgré les réductions de poste dans l'éducation nationale, malgré l'actualité de certaines grèves étudiantes vite réprimées, à aucun moment disais-je, je n'ai senti dans ces jeunes collégiens, un "vent de révolte en oeuvre" ; pour ceux là, j'ai eu le sentiment d'une (dé)connexion du réel et, si il naît un jour -le vent de révolte- il faudra l'aider et le faire sortir au forceps... Mais peut-être était-ce seulement le temps qui nous manquait et qui nous empêchait d'aborder des sujets plus sensibles....
Article plus ou moins Corrigé  et Mis à jour le 11 avril 19h37...

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