pour une révision de l'être, le garagiste ne peut rien

Publié le par Fabrice Levy-Hadida - Marionnette - Cie Les Mille et Une Vies - Théâtre de marionnettes Itinérant -

Un signe, juste un signe. De la bouche, un souffle sort. Dépit, le corps fatigué, les épaules contractées le cerveau tente, avec un semblant de lucidité d'extraire une pensée compréhensible. Décidément, avant les vacances, il semble que l'esprit ne peut rien. J'aurais aimé tracer les contours, dire les choix, engager une parole. Et puis, le vide prend le dessus. Ou alors, plutôt que le vide, le trop plein. Oui, un premier semestre trop chargé ; un premier semestre plein d'émotions contradictoires empêche une parole claire... Les engagements....
Dans un monde de fiction, j'opterais pour une révision. Il me faut trouver un garagiste qui se chargera de mon être et qui après avoir établi diagnostic et devis se chargera de réparer les pannes ? Je lui dirais que je ne veux plus voir. Je lui dirais combien j'en ai assez... de la pauvreté, de l'absence de solidarité, de ce monde qui marche sur la tête. Non, je ne crois pas qu'il existe, cet homme providentiel qui dé construisant mes doutes les remplace par de saines assurances. Existerait-il, existe-t-il, il ne fait que m'aveugler, me fait oublier les réalités  à la manière d'un vendeur de temps de cerveau disponible... me faisant croire que mon bonheur se niche dans la consommation, dans ma capacité à posséder, il m'hypnotise, me fait oublier pour mieux me vendre, me trainer dans la boue, m'endormir...
Un jour je serais un autre. Je ne me soucie plus de l'autre, j'avance lentement vers le silence.
Aujourd'hui est un autre jour, les mots écrits hier m'étonnent, je ne les reconnais pas. C'est vrai, mangeur d'informations, entre papier et mots portés par le vent virtuel, entre bruits de couloirs et paroles échangées, ces derniers temps mon regard sur le monde se durcit. Je m'en veux de ne savoir agir. Je regarde le monde, et remettant en question ma capacité à le transformer, je ne vois plus les opportunités ; je comprends que.. tout est récupéré-récupérable... C'est écoutant sa parole, me laissant bercer par le monde que je m'endors..
Il a compris que c'est en se donnant en voir dans son entier, me perdant dans ses dédales et dans le flux, qu'il me fait oublier le plus près sur lequel ma capacité d'agir reste entière. Les ouvriers argentins occupant les usines le savent, le pouvoir s'est éloigné des lieux politiques pour se feutrer dans les hôtels de luxes , fmi et amis...Pourtant, ici ou là une coopérative nait et donne à voir autre chose, une autre façon de vivre ensemble*.
Je ne veux pas fermer les yeux sur le monde et journaux, mais, je ne veux pas que mon regard sur la totalité érode ma volonté d'agir. Il faut être vigilant et se battre pour ne pas se laisser submerger par ce flux d'informations qui, si on le laisse faire, nous transforme en consommateur de notre vie...
Agir. Etre. Agir et être. Etre et agir.

PS : Si vous ne l'avez pas lu, lisez la Stratégie du Choc de N. Klein chez Actes Sud. Cette lecture est douloureuse.
*Ici, vous trouverez le film  d'Avi Lewis et Nomie Klein sur ces usines occupées en Argentine
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