faut que ça sorte, bile et marionnettes

Publié le par Cie Les Mille et Une Vies

Faut que ça sorte... Crache ta bile ! Des fois, des jours on se réveille avec le ventre serré et tant que c'est pas dit, pas crié, rien à faire, ça reste là à ennuyer les boyaux, à torturer la cervelle... Alors on se dit qu'il faudrait mettre des mots, et puis, et puis on se rend compte de l'impasse ; des mots, oui, mais lesquels ? La langue tourne dans la bouche et tout le fatras qu'on a à l'intérieur n'arrive pas à s'organiser. On ferme les yeux, on se dit que ça va venir... Mais rien, non rien qui soit clair ne vient. Alors on dort dessus et le matin venu, on se rend compte que c'est pareil. Et quand c'est pas pareil, on se rend compte que c'est pire encore, pire que la veille ; que les mots ne se sont pas organisés, que la pensée est trouble, que rien à dire, rien à faire, il faudra encore dormir dessus. Mais de jour en semaine, rien ne s'arrange. On a pas réussi à construire l'ossature du texte, les mots luttent contre la réalité qui nous tracasse.
Et puis un jour, rentrant d'une journée fatigante on se jette sur le clavier et on charge les doigts d'organiser les choses, la pensée. Je sais, l'image ne dit rien mais, c'est bien ainsi que les doigts la ressentent. Sans pensée, ils se mettent au travail ; dur labeur que celui d'organiser une pensée inexistante. Alors, ils cherchent le commencement ; il se disent que dire cela, dire l'embarras serait une bonne chose, que ça ou autre chose de toute façon... Et puis ils se disent (les doigts) que lorsque plus tard viendra le temps du lecteur, que ça se corsera…

Je recommence, ce n'est pas bon !

43 ans aujourd’hui, bientôt 44 et plus de vingt ans que je pratique un métier fascinant dans lequel chaque jour est un jour . Métier étonnant qui fait rêver les enfants et amène les adultes à m'interroger :

- Et pour vivre tu fais quoi ?

- Marionnettiste ? On peut en vivre ?  

 

Ce métier on le choisit et avec le temps dans sa pratique on s'affermit. Je n'ai pas fait d'école, si ce n'est celle du temps. Aujourd'hui je me rends compte que j'ai construit ma vie autour de cet art dont je n'avais qu'une connaissance floue lorsque j'ai commencé. Avec passion et patience j'ai fait de ce que je ressentais un métier. J'ai eu besoin de temps. Du temps et du travail. De la sueur et de l'acharnement. J'ai eu besoin de choisir une vie difficile ! J'ai refusé de travailler pour autre chose que cet art. Je me suis imposé un autre travail, geste quotidien, une gymnastique aride. Il m'a fallu avoir faim. Aujourd'hui, regardant mon passé, je constate le vide dans les assiettes. Je me demande de quoi j'ai vécu ? S'il me fallait juger la qualité du temps passé, en comptant mes points de retraite tranquille, j’aurais passé de sales jours. A l’âge de la retraite, il me faudra travailler ! De cela, même si j'en ai bien peur, j’en suis sûr aujourd’hui ! Mais ce temps passé a été nécessaire pour sentir que mon geste artistique se professionnalisait. Dans cette construction professionnelle et pratique, le temps a été à la fois l'allié et l'ennemi. Le temps nous fait douter, le temps nous conforte, le temps légitime le geste, le temps qui nous reste n'est pas une éternité, le temps est compté. Encore aujourd'hui, le temps est compté !

Fabrice Levy-Hadida - Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant


 

Les images qui illustrent les mots sont issues du projet scénographique de François Lestrade pour notre nouvelle création Le dernier spectacle des Grizbatoruc. Projet de structure en forme d'aréne, nouveau castelet et Théâtre d'images de 7 M d'ouverture, de 4M de Hauteur et 4M  de profondeur...


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article