comment les marionnettes sont arrivées en prison

Publié le par Cie Les Mille et Une Vies, Fabrice

Depuis que j'ai ouvert cet espace, je n'ai pas pris le temps d'expliquer comment nous en étions arrivé à mettre en place cet action à la Maison d'arrêt de Loos. Hier Emmanuelle, mon interlocutrice au SPIP de Loos me faisait remarquer cette lacune pendant le repas alors, aujourd'hui je vais tenter de revenir sur cet oubli.

Pour expliquer notre démarche à la Maison d'arrêt de Loos, il faut que je remonte plus loin dans le temps. Depuis mon arrivée dans le Nord, et la création de La Cie Les Mille et une Vies en 1998, j'avais envie, avec mon spectacle, "Les Aventures de Germain Lenain" de partir à la rencontre du public. Délaissant donc les routes habituelles empruntées par les acteurs culturels, plutôt que de créer et diffuser dans les lieux culturels je suis parti avec mes marionnettes dans un sac et j'ai joué ce spectacle (Marionnettes et trames avaient été créés à Nice avec la Cie Les Petites Vies entre 1992 et 1997 et jouées de nombreuses fois dans le Théâtre de Marionnettes fixe (cf photo NB ci-dessus) que nous gèrions) dans les jardins réfectoires, et autres salles des fêtes qui le temps du spectacle devenait d'improbables et magiques lieux de représentations. D'abord avec des moyens du bord (les marionnettes, une corde et un tissus noir ) puis, à partir de 2001 avec un castelet construit  pour l'occasion (véritable théâtre en miniature, structure d'acier recouverte de pendrillons noirs et rouges d'une ouverture de 3m50, de 3m de hauteur et de 2 mètres de profondeurs) j'ai (ré)envisagé mon métier  dans l'itinérance et la rencontre, dans un renouvellement permanent de la relation que l'acteur entretient avec son public, tout empreint qu'il est, l'acteur, du monde qui l'entoure et dans lequel il se déplace pour le faire avancer.

C'est ainsi que dans des villes, des villages, au coeur des quartiers, dans des lieux de cultures, dans des lieux loin des lieux de culture, (re)construisant mon métier à chaque représentation, je faisais grandir la Cie Les Mille et une Vies, ses spectacles, ses actions de sensibilisation tout en me sentant proche du public et du monde. Dans des quartiers dits "défavorisés" plus qu'ailleurs, nous nous donnions à voir et avec le public nous construisions les bases d'une rencontre et d'une culture commune. Plus de 400 représentations et 40 000 spectateurs....

Ca c'est l'état d'esprit de départ....

En mars dernier, le jeudi 2 plus précisément, nous avons participé à une rencontre "Culture-Justice" qui nous a amené a rencontrer le personnel et à visiter la Maison d'arrêt de Loos. Cette visite, cette journée de rencontre a été un détonateur. Je suis sorti de là me disant que nous ne pouvions en rester là et que nos actions devaient aussi franchir ces portes là. Des rendez-vous et des rencontres ont suivis cette première expérience.

 

Très vite nous avons monté un projet, proposition d'intervention qui entre représentation et temps de sensibilisation permettrait  aux détenus d'envisager la marionnette comme outil de satire sociale. Marc Le Piouff Conseiller Culture-Justice pour la Région Nord-Pas-de-Calais nous a soutenu auprès de l'administration pénitentiaire et aidé à formaliser notre demande auprès de la DRAC et du SPIP du Nord. Par ailleurs nous avons aussi sollicité le Conseil Régional et dans le cadre de Nos Quartiers d'été nous avons monté le projet "La marionnette près d'chez vous" dans lequel nous avons intégré "l'exploration marionnettique" menée à La Maison d'arrêt de Loos. L'ensemble des partenaires financiers nous a suivi dans notre désir de proposer cette action.

Pendant les mois d'été nous pourrions participer à amener un "souffle d'air" à des détenus qui autant qu'à l'extérieur, si ce n'est plus, souffrent du départ de La France, des familles, du personnel en vacances.....

Après la représentation du 4 juillet, le projet est découpé en trois temps. Le premier module, La construction de personnages s'est terminé il y a peu. Cette première phase a permis la construction de marionnettes à bouche telles que je les construis. Une construction très encadrée et précise. La technique mousse et plâtre mélangé, je l'ai découverte en 1989, faisant mes prototypes pour la création de "Les Aveugles" de Maurice Maeterlinck (cf photo NB ci-dessus). Cette technique je l'ai affinée depuis et lorsque je la transfère, au cours d'atelier, les résultats sont toujours très beaux et il arrive même que les marionnettes ainsi créées étonnent certains des participants qui ne se croyaient pas capables de telles prouesses artistiques.

Après la construction, le module Fondamentaux de manipulation ou le sens du mouvement nous amène à faire découvrir comment et pourquoi se meuvent les objets. Ce module se poursuivra jusque début septembre, il nous permettra de transférer les bases de la manipulation tout en travaillant à l'élaboration de contenu que nous voudrions inspiré par la tradition d'un Théâtre de marionnette engagé, porteur de sens et de controverses.

 

Cette exploration se terminera par un troisième module La parole en représentation qui nous permettra de jouer et de filmer les courtes scènes qui auront été imaginées. Après viendra le temps de la diffusion. Auprès des familles, du public, des codétenus mais, cela est une autre histoire...

Voilà comment cette exploration a vu le jour et quels sont ses objectifs....

 

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