Un monologue en Portugais

Publié le par Cie Les Mille et Une Vies, Fabrice

Hier jeudi, la séance commence par l'accueil de C. nouvellement inscrit.

Ensuite je donne au groupe les nouvelles ; première chose, les évolutions de ce blog. Ensuite le fait que le Conseil Régional veuille faire un reportage sur l'exploration Marionnettique et qu'il ait déjà obtenu l'accord de Direction Régionale des Services Pénitentiare de Lille / Direction Régionale  de L'Administration Pénitentiaire. Ce reportage sera ensuite mis ligne sur le site internet Nos Quartiers d'été ; à suivre, je les tiendrais bien evidemment au courrant des avancées. Pour info, une journaliste de Nord Eclair qui nous a contactée pour faire un papier sur cette exploration et que nous avons (re)dirigé sur la Direction de la Maison d'Arrêt n'a toujours pas eu de réponse... tout au moins pas que nous sachions....

La réunion continue sur le déroulement des séances et la présentation des contenus. La construction des personnages, étant en grande partie terminée ; ce n'est plus maintenant qu'une histoire de détails et de finalisation qui pourra se faire au long cours....

Par ailleurs pour ce qui concerne le nombre de participants à l'atelier, sur les conseils de S. et N. j'ai accepté de faire que l'intégration de nouveaux participants se fasse progressivement. Nous pourrons ainsi préserver l'unité du groupe qui commence à se constituer. G. nous a rejoint mardi dernier. C. nous rejoint ce jour. Nous, et eux-même bien entendu, vérifierons  leurs motivations et une fois leur intégration actée, nous ouvrirons peut-être deux places complémentaires...

A partir de ce jour , jeudi 3 août, et pendant quelques séances Dorothée m'accompagnera et ouvrira la séance par des exercices vocaux et de manipulations... nous vérifierons la pertinenece de son intervention ensemble....

Le groupe est de plus en plus soudé ; il est loin le temps ou la marionnette leur était étrangère. Non seulement les séances sont une bouffée d'air frais mais, de plus ils semblent tous y prendre un réél plaisir....

Après cette demi heure passée à une sorte de réunion d'équipe, la matinée est passée très vite.

D'abord de nombreux exercices de manipulations et de voix.

Ensuite des improvisations à plusieurs, derrière le castelet de fortune, improvisations dont le thème était inspiré de la pièce de Gripari "Le bourricot"(pièce que nous avions lu lors de la séance précédente ).

Nous avons terminé la séance par des monologues improvisés.

Ces monologues sont destinés à affiner la technique de manipulation de la bouche et le déplacement dans l'espace.

Deux de ces improvisations m'ont particulièrement touchées :

Celle de A. (qui ne voulait pas au départ essayer mais, après que j'en ai parlé avec lui et que je l'ai poussé à jouer dans sa langue maternelle, le portugais) qui a interprété un personnage tellement émouvant d'homme perdu dans un pays et une prison qu'il ne connaît pas. A. lorsqu'il a été incarcéré ne parlait pas le français ; aujourd'hui, quelques mois plus tard, il se débrouille plutôt bien. Dans son monologue, le personnage regrettait que la rare ville qu'il connaisse de la France était la prison.

Pour A. comme pour les autres,  l'histoire contée par les marionnettes est la leur, il n'est pas encore temps pour la distance....

Le second monologue était celui de G.. Comme pour A. les mots dits par la marionnette tenue par G. auraient tout aussi bien pu être exprimés par G. lui même. Son personnage : un homme seul, la cinquantaine, perdu dans un milieu carcéral dont l'inhumanité et l'absence de solidarité l'épprouve. Ecoeuré par le deuxième jugement porté par les détenus après le tribunal ; écoeuré par la délation et l'absence de solidarité.

La matinée était finie. Nous étions tous plus proches.

Ce qui se passe dans leurs têtes, dans leurs cellules, dans leurs vies de détenus m'échappe. Lorsque nous nous sommes retrouvés à 14h la tension était palpable. A. n'était pas là. P. son co-détenu me disait qu'il s'excusait mais qu'il ne se sentait pas bien. J'espère que le monologue du matin n'y était pour rien.....

A un moment de l'après-midi N. explosa lorsque je demandais de l'attention. Il explosait contre S. et lui promettait ses foudres. Il me fallut un moment pour comprendre et le rassurer. Mais au fond, la détention est dure pour ces hommes. Ils souffrent et ma présence, même si elle les aide, ne peut en cas leur faire oublier leur situation et leurs préoccupations....

L'après-midi s'est très vite finie.

A chaque fois que je sors de là c'est en même temps le soulagement de retrouver la liberté et la culpabilité. Culpabilité de laisser là ces êtres humains. Double sentiment qui m'emplit, tristesse que j'éprouve....

 

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