Survivrons nous à l'été

Publié le par Cie Les Mille et Une Vies, Fabrice

Presque le 15 août et la fatigue m'envahit ; une question me taraude aussi : cette façon que nous avons de vivre notre métier d'artiste (de la faim ?), d'organiser notre quotidien, d'entretenir une relation toujours renouvelée à notre public, cette façon donc, survivra-t-elle à l'époque et aussi plus rapidement, à l'été, à l'année ?

Plus le temps passe et plus je pense que notre course effrénée ressemble à celle du perdant qui, voyant la fin et la défaite arriver, continue pour "sauver l'honneur".

Quand en 1998, je suis arrivé à Lille, démarrant cette nouvelle aventure  qu'est la Cie les Mille et une Vies, je pensais être sur un territoire qui comprendrait et soutiendrait une démarche alliant création et éducation populaire.

Plein des expériences vécues, persuadé qu'excellence artistique et proximité pouvaient se conjuguer, j'ai tenté de construire une compagnie  qui participe, par son fonctionnement, par ses réalisations, par ses actions à la réflexion sur le développement culturel local, régional, national et qui, compagnie, ne soit pas uniquement un jouet pour les diffuseurs culturels.

Choisissant l'itinérance, privilégiant l'autonomie, nous avons patiemment construit des projets, entretenus des relations, touchés des publics. Dans des jardins publics, dans des réfectoires,  dans des salles des fêtes, des écoles, dé-construisant patiemment le piédestal sur lequel trône l'artiste, nous avons donné des représentations, animé des ateliers de sensibilisation.

Pour construire cela, j'ai freiné mon désir de création, j'ai diffusé "Les aventures de Germain Lenain", j'ai tenté d'asseoir la structuration de la Compagnie. Et si, dans mon atelier, en cachette, je continuais d'écrire, de construire des marionnettes, de bâtir des projets, jusque en 2003, raisonnable, j'ai tenu mon engagement d'oeuvrer au développement de La Cie Les Mille et une Vies, des emplois qui y étaient attachés, à sa visibilité, à la reconnaissance de son "professionnalisme".

En 2003, n'y tenant plus, perdant le sens de mon métier, on se mit à une nouvelle création : Seul(s) (voir photos). Jusqu'en 2005 cela fut la traversée du désert. De cette création, La Cie Les Mille et une Vies faillit ne pas s'en remettre. Mais en 2005, c'était reparti au premier spectacle en castelet  tous publics à partir de 6 ans du repertoire, "Les Aventures de Germain Lenain", un deuxième pour adultes était ajouté : Seul(s).

Seul(s) a pris deux ans pour trouver sa forme définitive. Le castelet a été aménagé, équipé de son et lumière et, il nous a permis de nous rapprocher de certains acteurs culturels.

Deux spectacles au répertoire, c'est peu. Alors, en 2005, nous avons décidé que 2006 serait l'année de notre  troisième spectacle. Après  la création de Seul(s), spectacle pour adultes, nous voulions créer un deuxième spectacle tous publics à partir de 6 ans :"La chambre (de Zette)".

"La chambre (de Zette)" serait le troisième spectacle en castelet, il permettrait de répondre à la demande grandissante de "nouveaux spectacles jeune public", de la part de partenaires de proximité.

Dans le cadre de cette création  nous pourrions faire grandir notre théâtre de marionnettes itinérant et développer notre parc matériel initial (lumière, son, pendrillons) qui nous permet, dans l'autonomie de jouer partout et souvent sans trop de "surcoût".

DRAC, Conseil Régional du Nord/Pas-de-Calais, Conseil Général du Pas de Calais et Ville de Lille ont été sollicité pour nous aider à créér ce nouveau spectacle. Ces partenaires, qui  soutiennent divers pans de nos projets,  sensibilisation, proximité, diffusion ont , ces partenaires, les uns après les autres rejetés notre demande d'aide modeste. Ce matin, après les lettres (citées dans

l'ordre de leur réception) de la DRAC, du Conseil Général Pas de calais et de la Ville de Lille, nous

avons reçu une dernière lettre de rejet émanant du Conseil Régional et datée du 8 août. Dans ce courrier nous apprenions que notre projet, ne s'inscrivant pas dans les critères d'interv

ention de L'assemblée Régionale, il ne serait pas possible de donner une suite favorable à notre demande... Langue de bois habituelle pour des dés, malheureusement pipés....

Ainsi faisant, ces partenaires institutionnels remettent en question le fonctionnement de notre structure qui, si elle ne renouvelle pas les propositions d'actions culturelles qu'elle fait à ses partenaires de proximité, se trouvera dans une impasse. Ainsi, ils nous prouvent que le travail que nous faisons depuis des années sur le territoire, auprès des publics, dans les lieux éloignés de la culture, ce travail qui nous semble si juste ne vaut rien et que plutôt qu'une "diffusion de proximité sans brillance", il aurait mieux valu pour nous de choisir de "brillants partenariats culturels".

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