La culture de proximité, et après ?

Publié le par Cie Les Mille et Une Vies, Fabrice

Quand en 1998 pour la deuxième fois de ma vie, je me suis implanté à Lille, j'avais le regard rivé sur cette frontière qui sépare la culture de la population.

Depuis longtemps, je ne voulais pas être le "clown" d'une élite ; depuis longtemps je fixe haut la barre de l'art et de son geste artistique ; depuis longtemps je suis sûr que la hauteur de la barre n'empêche pas la "population d'en bas" de voir, comprendre, apprendre, défendre cette hauteur ; depuis longtemps je suis sûr que bas et haut se confondent face au geste artistique.

De tout cela plein, quand en 1998 j'arrive à Lille, je me lance dans la construction de la Cie Les Mille et une Vies. Très vite je surnomme"entreprise culturelle de proximité", "le théâtre de marionnettes itinérant" . Dans la mise en oeuvre d'actions culturelles, chemin faisant, les jours et les mois passant je rencontre ce public qui ne fréquente pas les théâtres, les opéras, les lieux de la création contemporaine. Tout occupé à cette rencontre, dans les quartiers, dans les communes, aujourd'hui dans les prisons je ne me soucie pas du regard que la société culturelle me jette, ou si peu. Me rapprochant des « éloignés » je deviens moi-même un éloigné.

Dans le rapprochement avec le "peuple du bas" mon art grandit en même temps que mon questionnement sur notre "démocratie culturelle" se fait plus pressant.  

Où sont les files d'attentes devant nos chers théâtres publics ?

Avec quel moyen cet accès égal et inaliénable à la culture est-il défendu ?

Du théâtre populaire d'hier que reste-t-il ?

Pour le prolo « Lorie » et la « Play Station » et pour les fines bouches le reste ? C'est quoi l'expression ? Foie gras pour les cochons ? Serviettes et torchons ?

Pourtant, c'est bien dans l'éducation que l'avenir se joue. Si on abandonne une partie de la population à un "ciel bas et lourd qui couvre comme un couvercle", si face à son mauvais sort on la laisse se démener, alors, il ne faudra pas s'étonner demain, de ce que le gris cache l'ensemble du ciel.

Les plus pauvres on les met dans les quartiers et, quand ils ne sont pas sages, on les met en prison. 

Quand ils ne se comportent pas bien, qu'ils n'écoutent pas, qu'ils veulent comme la télé le leur a montré accéder à des richesses qui ne leurs sont pas destinées, on les exclu un peu plus, c’est la case prison sans prendre les vingt mille.

Mais ce n'est pas en les excluant  qu'on les rend plus riches, qu'on les éduque, qu'on les soigne quand c'est nécessaire, c'est en excluant qu'on les enrage un peu plus, qu'on les empêche un peu plus, qu'ils deviennent encore un peu moins que ce qu'ils étaient, qu’ils ont encore moins à perdre qu’avant….

En prison, il n’y a pas que des tueurs d’enfants et des violeurs, il y a des hommes. Des hommes parfois pas encore tout à fait hommes, presque encore des enfants quand ils rentrent,  que la communauté a le devoir de ne pas abandonner, des hommes qui aujourd’hui ont le sentiment d’être abandonnés, d’être considérés comme des chiens, traités pire que des animaux, et qui, a leur sortie mutilés essaieront la « réinsertion » avant même d’avoir vécu « l’insertion » et pour beaucoup, continuant de vivre la spirale de l’échec, récidiveront …. Qui n’a rien, n’aura rien…

Pourtant, dans les quartiers, dans les prisons, les hommes sont comme les autres, chair, os et sang ; coeur qui bat, le rire des enfants n’est pas différent là,  les larmes et la tristesse  là comme ailleurs font mal mais, comme elles coulent plus souvent, les cœurs s’endurcissent ; pour s’en sortir, pour faire comme les autres, ceux d’en haut ne donnent pas d’autres exemples, ils faut devenir impitoyable, ils disent « sans pitié ». ..

Et dans les rues sombres de nos cités, ce n’est pas la charité qui changera les choses, surtout une charité gérée par des associations, se substituant à un état incapable de travailler à la redistribution des richesses, incapable qu’il est de prélever là où il y a pour donner là où il n’y a pas.

Et le riche se niche dans des Fondations, associations, qui, se chargeant de la solidarité permettent par ailleurs, il n’y a pas de petit profit, de réduire son imposition.

Pour l’état, (France parfois chérie, parfois détestée) il voit avec ses moyens, son rôle se réduire et d'acteur répressif  à spectateur passif de la solidarité des autres, changeant sans cesse de costume il perd le premier rôle lumineux et régulateur de celui qui bon, aide tous ses fils, sans distinction, de la même manière à grandir…

Depuis 1998, m’approchant des « publics éloignés », plein de vaines expressions telles « démocratie culturelle » « éducation populaire », je vois grandir avec le temps la distance qui me sépare de ceux d’en haut et de la piste dorée sur laquelle « acteur culturel »  j’aurais du faire « mon tour de clown » ; avec le temps je comprends que m’approchant, je m’éloigne. Irrémédiablement ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Fabrice Levy-Hadida 24/02/2007 13:31

J'ai du mal avec la référence religieuse mais ce que vous dites est juste, me touche. Notre époque voudrait nous faire oublier que la société c'est nous, il ne faut pas que nous nous laissions avoir par certains de nos représentants qui nous disent "ne vous inquiétez pas, on s'en occupe "...
Au quotidien, nous devons empêcher l'inacceptable de se propager ; nous devons aussi savoir que c'est en nous changeant nous même que nous pouvons éspérer faire changer le monde mais pour ce travail nous ne devons attendre récompense immédiate. Le monde actuel tente de baillonner les élans juste en leur disant "qu'ils ne changent pas le monde" ; ne l'écoutons pas et intervenons au plus près, au plus vite, remettons la main à la pate et commençons de changer les choses sans nous soucier de la visibilité de nos actes...

RP 23/02/2007 20:38

On oublie trop que Jésus christ quand il voulait résumer ce que c\\\'est que l\\\'amour du prochain, quand il voulait le lier avec son message métaphysique  par exemple, il donnait toujours trois exemple, trois pas deux: j\\\'avais faim et vous m\\\'avez donné à manger, j\\\'étais nu et vous m\\\'avez vétu, j\\\'étais en prison et vous m\\\'avez rendu visite. Des deux premiers on a l\\\'habitude d\\\'y penser, et l\\\'humanitarisme laïc moderne les a intégrés (plus ou moins bien!!!) sous forme des fameuses ONG. Mais le troisième, etait là, bien en évidence , dans le christianisme "de base", il voulait dire, que comme Don Quichotte quand il a libéré les galériens enchainés, qu\\\'on ne se préoccuppe pas de savoir si les prisonniers sont là à cause de leurs crimes ou par infortune, on voit que ce sont des hommes qui souffrent et qu\\\'on enmène là où ils ne veulent pas aller; point! Il voulait dire qu\\\'il était demandé au chrétien d\\\'aller rendre visite, et soutenir au moins moralement, si on ne paut as plus, les prisonnier, au même titre et de manière ausi fondamentale et basique, que de faire l\\\'aumone aux sans le sous. Cet "amoralisme" (enfin! ça dépend le snes qu\\\'on donne à "morale" bien entendu ... ) n\\\'a plus la côte de nos jours, dans le monde de dabeliou Bush et son copain Sarko, et y compris dans le monde en apparence humain, des intellos progressistes bien-pensants. Et pourtant, J-C et Don Quichotte (qui ne faisait, selon son propre aveux que d\\\'agir "comme la religion le prescrit") ne sont-ils pas dans le vrai, le coeur de la morale éternelle? N\\\'est-ce pas, Zygmunt Bauman et Lévinas? La société actuelle, en  rendant à peu près impossible au gens de rendre visite à un prisonnier, contibue une fois de plus à faire, là aussi, mourir le sens des valeurs.