Deux articles, pour une intervention Cie Les Mille et une Vies

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

A chaque fois, lorsque finie mon intervention, il me faudrait écrire deux comptes rendus. A chaque fois, passant la porte bleue de la Maison d'Arrêt de Loos, il y a le sentiment éprouvé au contact des participants à l'exploration marionnettique et de leur travail. A chaque fois passant la porte bleue de la Maison d'Arrêt de Loos, il y a le regard de certains surveillants ; regard qui parfois, comme hier, devient mots désobligeants. A chaque fois il faut que je me contienne. A chaque fois c'est la même incompréhension, la même révulsion pour la bétise.

Hier matin, arrivant en détention, je signale ma présence aux surveillants et demande à l'un d'eux, dans le bureau du rez-de-chaussée s'il peut passer l'appel habituel de démarrage d'atelier ; appel qui donne le signal à tous les surveillants d'étage des sections A et D. Il le fait, je le remercie. Il me demande quand cet atelier est sensé se terminer ; je lui répond que la fin est prévue dans quinze jours ; à ce moment il lève les bras et chante un hymne de joie à la gloire de la fin des marionnettes... Je devrais rire ? je ne ris pas ! Son attitude me surprend tellement que je ne trouve rien à dire à sa danse ridicule et je le regarde, éberlué, sans aucune grâce chanter et danser pendant quelques instants puis reprendre son sérieux. Lorsqu'il a fini, je ne souris pas, je le remercie pour l'appel et son aide en général puis tourne les talons et monte les escaliers vers la salle d'activité.

A chaque fois que je me trouve face à une attitude comme celle là, les mêmes questions reviennent sans réponse trouver. Pour ce surveillant, en particulier, il avait jusque là l'habitude, de chatonner "ainsi font font font, les petites marionnettes" lorsqu'il me croisait pour me signifier l'absence d'intérêt pour cette activité. Aujourd'hui il a encore plus dit, encore mieux et seul le sourd n'entend pas ! Pourtant, du travail que nous faisons en atelier, il n'a rien vu. Pourtant des échanges que nous avons et des contenus que nous abordons, il ne sait rien... Pour lui, certainement, le travail autour de la marionnette en particulier et de l'art en général ne peut qu'être un caprice de précieux et, dans le monde dans lequel il vit, le précieux n'a rien à faire.

Bien sur la réaction de ce surveillant n'est pas majoritaire ; bien sur mes relations avec le personnel de surveillance, en général, sont meilleures que celle là ; bien sur, les relais et le personnel du SPIP, Emmanuelle, Michel, Caro, Pierre, Guillaume, Soizic sont là, entendent mon expérience et m'aident à surmonter ce genre d'incidents...

A chaque fois, il faudrait donc que j'écrive des mots sombres et des mots clairs. Des mots qui donnent à entendre ce qui derrière la porte fermée de la salle d'activités se passe. La construction marionnettique qui est en train de se faire. Les improvisations et les débats qu'elles engendrent ; la forme plutôt audiovisuelle, qui est en train de paraître . A chaque fois il faudrait que j'écrive ensemble "je crois" et "je ne crois pas".  A chaque fois il faudrait dans un même mot dire "le mieux" et "le pire".

Hier, je suis sorti de la Maison d'arrêt de Loos, comme souvent, plein de sentiments contradictoires et mes pensées faisaient se rencontrer la nécessité de cette activité et des interventions en général et leurs fragilités. Hier, je suis sorti de la Maison d'arrêt, plein de la serenité du travail qui avance et plein aussi d'une lassitude grandissante face au regard de certains surveillants... et même si tous ne sont pas ainsi, ceux qui le sont, contaminent et rendent plus difficiles mes interventions, alors, j'ai regardé le ciel.

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