Quand les marionnettes s’attaquent au système judiciaire façon série TV… Cie Les Mille et une Vies

Publié le par orothée Saint-Maxent

Hier, à mon grand soulagement, l’ambiance générale de la Maison d’Arrêt de Sequedin semblait bien moins tendue que la semaine dernière…

Après avoir fait face à un « surveillant dragueur » à l’entrée, je passe portes, portiques, grilles, caméras (je ne m’y ferais jamais !) et arrive dans le sas où je récupère une alarme. Là, je dois à nouveau faire face à deux surveillants qui veulent « rigoler » avec moi… Après m’avoir demandé mon prénom et entendu la réponse, j’ai droit à une réaction équivalente à celle qu’avait des enfants de 7 ans  à l’époque où j’animais des ateliers en centres de loisirs : « Dorothée ! Comme la chanteuse ! » et chantonnant : « Hou, la menteuse, elle est amoureuse… ». Ensuite, ils me demandent si je ne préfère pas rester avec eux pour leur faire un spectacle, plutôt que d’aller en détention… Face à mon refus, ils me donnent enfin une alarme et m’ouvrent la porte… Je peux enfin prendre le chemin de la détention …

Arrivée en section femmes, une surprise m’attend ! Dans le bureau des surveillantes, la liste est prête ! A peine les ais-je saluée que déjà une surveillante appelle ses collègues d’étages afin de faire descendre les femmes concernées par l’atelier ! Cinq minutes après le groupe est au complet, la séance est ouverte ! Wahou ! Je suis enchantée… E et C étant sorties, le groupe est à présent composé de 5 femmes. V est toujours là, pas parce qu’elle a été condamnée mais parce que son jugement n’a pas pu avoir lieu, son avocat ne s’étant pas présenté !! J’hallucine !! Je n’en reviens pas !! A ce jour, elle n’avait toujours pas eu de nouvelles de lui ! Pas d’excuses, pas d’explications, rien !! La voilà à présent dans l’inconnue et dans l’attente… Elle essaie tant bien que mal de garder le moral…

Avant de gainer les marionnettes, on prend le temps d’une discussion sur l’avancée du travail. Elles sont toutes ravies d’apprendre que nous avons eu l’accord d’ajouter des séances et que l’exploration se poursuit donc jusqu’au 2 octobre. On s’accorde sur la forme et on précise les contenus qui seront travaillés au cours des prochaines séances. Elles font le choix de deux types de travail : un pour adultes et un second à destination du jeune public. Elles sont certes femmes mais elles sont aussi toutes mamans. Elles ont donc envie de faire quelque chose pour leurs enfants, de leur raconter une histoire à distance et par le biais des marionnettes, de leur dire ce qu’elles ont envie qu’ils sachent… Le fait d’évoquer leurs enfants génère beaucoup d’émotions, évidemment… L’une d’elle craquera, cela en agacera une autre… Elles sont à fleur de peau… Je propose une pause cigarettes le temps que chacune reprenne ses esprits… On reprendra le travail sur la forme pour adultes. Elles veulent donner leur regard sur le système judiciaire en parodiant différentes séries télévisées. On y consacrera le reste de la séance, entre temps d’improvisation et temps d’écriture. De bonnes pistes de travail apparaissent et l’humour et la dérision ne sont pas en restes ! Les idées fusent et les femmes s’amusent, je préfère les voir comme ça ! On ne voit pas l’heure tourner… Une surveillante viendra nous prévenir qu’il est 11H30 ! Oups !! Elles quittent la salle en me disant qu’elles vont continuer à y réfléchir pendant la semaine et à écrire leurs idées… Elles ont le sourire aux lèvres, c’est déjà ça de gagné. Je quitte la détention. Je passe le sas sans m’attarder ! A l’entrée, le surveillant me propose un rendez-vous ! Je refuse gentiment ! Je lui demande de vérifier si nos autorisations d’accès ont été renouvelées, ce n’est pas le cas ! Il faut donc qu’on s’en occupe avant lundi prochain… La porte s’ouvre, le surveillant me regarde sortir en me disant son espoir de me revoir ! J’avance vers la voiture sans me retourner, je suis émotionnellement épuisée…

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