un regard de poupée sur une vie de pion

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

C'est ça, le vieillissement :  tous les jours, il arrive au bureau, il reconstruit le présent avec les geste d'hier. Je le regarde en me demandant où je suis caché ? Lui, c'est je et je, c'est lui.

Je devrais travailler. Ce qui me prenait une minute hier, n'en finit pas aujourd'hui de commencer, de ne pas se terminer, de ne pas. Je devrais travailler mais aucune autorité me l'impose. C'est cette vie, d'artiste de la faim que j'ai choisie...

Et je cracherais sur cette chance de ne faire que ce que je désire ; construire des dossiers, assumer la comptabilité, faire les DUE, établir les contrats, faire les fiches de paie, prospecter, faire des bilans, changer de vestes toutes les cinq minutes, je désire tout ça et si dans tout ça je ne me retrouve pas alors...

C'est comme ça que j'en arrive  à m'appeler il, pour mieux me regarder, pour mieux m'éloigner...

Mes mots sont troubles ; c'est l'écriture du quotidien qui veut ça. Mes maux sont . En ce moment je cherche la "voix" de Zette, nouveau personnage, nouveau spectacle. Je cherche La Chambre (de Zette). Je cherche la voie de cette nouvelle création. Au quotidien à côté des papiers, des mots écrits, des objets construits (comme sur la photo) et nous commencerons les recherche dans notre minuscule salle de travail dans une semaine.

Je crois que j'ai peur. Nous avons déjà vendu des dates pour la première étape de création, dès décembre. Pas de financement publique cette année pour notre création, alors nous démarrons sans eux. Pas de financements pour nos choix de proximité, pour nos formes légères, pour les hors des sentiers rebattus de la culture...

C'est peut-être ça la fatigue et le vieillissement. Ma capacité de continuer sans leur aide. Parce que ça existe sans leurs sous à deux sous des sans le sous. Parce que nous pouvons continuer. Mais peut-être ne pouvons nous continuer que de manière très temporaire. Oui celui qui en moi s'occupe des chiffres le sait, notre construction est fragile, elle repose sur notre volonté et nos vies.

C'est certainement cela la fatigue. Cette connaissance de notre fragilité.

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