dans des tours, les hommes isolés.

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

J'avais commencé. Et puis, comme ça, la porte s'est refermée. Ce qui n'est pas habituel, elle s'est refermée sur moi, à l'extérieur. Puis je me suis dit : j'ai fait un mauvais rêve.

Le temps, le temps et le temps. Nuit si vite tombée qu'on ne sait pas si on en perd pas des miettes au passage, de la vie, de la nuit. Nuit si vite tombée que le jour semblait avoir à peine commencé... Le temps, le temps, le temps. Nuit si vite tombée que dans ta tête tu te dis que tu rêves.

Hier soir, baissant les volets du bureau, je croise Leïla 30 ans et sa fille, Medhina 8 ans. Habitantes du quartier, secteur arbrisseau au Sud de Lille, je les ai croisé très vite après notre arrivée en février 2005. Cet été elle ont participé à un atelier qu'on animait dans le quartier et depuis, elles ne cessent de me demander la suite. Hier soir, en baissant les volets, je dis les mots habituels et je me rends compte que Leïla à le bras dans un bandage et le visage marqué. Il y a quelques jours elle s'est brulée au 3ème degré devant sa gazinière. C'est une femme jeune et courageuse. Quelle force l'habite ! Elle, courageusement, s'occupe, de sa fille, de sa vie et la douleur, qui pour d'autres aurait signifié empêchement, elle la dépasse ! Total respect Leïla, t'es forte, tellement forte et la France ne te le rend pas ! Ta peau est trop sombre pour ça !

Nuit si vite tombée... Dans la tour les hommes s'enferment et de haut regardent le monde des autres. Un jour peut-être les tours tomberont ; avec elles les hommes dedans. Comme la nuit, hommes et tours, vite chuteront ; puis plus tard on se demandera si elles, si ils ont existé, un jour, plus tard.

J'avais commencé de compter le temps lorsque je me suis rendu compte qu'il allait trop vite pour moi.

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