les Mille et une Vies s'éloignent de Lille

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

C'est étrange, je suis revenu à Lille en 1998, croyant que c'était une ville ouverte et attentive aux propositions qu'un acteur culturel pouvait lui faire. Très vite, j'ai développé dans la proximité des actions et rencontrant de nouveaux publics, dans les quartiers je me suis senti à ma place. En février 2005, après des années sans locaux, nous avons posé bureau et atelier à Lille-sud. En même temps que nous nous posions dans ce quartier les financements de la Ville se réduisaient ; entre les opérations culturelles de communication politique et nous, il n'y a pas photo...
Déjà en 2005, ensuite en 2006,
par manque de financement, nous avons du abandonner des actions dans les quartiers de Moulins, Faubourg de Bethune, Wazemmes et qui, actions, avaient commencé de trouver un public ne se déplaçant pas vers les structures culturelles. Malgré tout, en 2006 nous nous sommes obstinés dans le quartier de Lille-Sud et plus particulièrement sur le secteur arbrisseau ou nous sommes installés et avons continué de monter, à déstination de notre voisinage des actions que nous avons, pour certaines et pour partie "auto-financées" (Comme sur la photo, Théâtre de marionnettes itinérant et sa nouvelle agora occupant un espace publique, square de l'épi de soil à Lill-Sud été 2006)
Aujourd'hui nous travaillons à  préparer l'avenir ; 2007, 2008 et plus tard. Dans nos projections,  je sens que notre éloignement de la Ville de Lille se confirme....Et lorsque nous en parlons aux techniciens municipaux qu'ils soient du monde de la culture ou de la proximité ils ne nous disent pas que des solutions peuvent être trouvées ; parce que nos évaluations sont bonnes, parce que nos actions sont pertinentes, innovantes, non, ils nous disent qu'ils comprennent ce qui sous entend qu'ils ne comprennent peut-être pas la politique de la Ville pour laquelle ils travaillent....
Aujourd'hui, en déjeunant, je disais à Dorothée que malgré la demande des habitants du quartier de Lille-Sud, ce ne serait pas, en 2007 notre priorité de mettre en place des actions, des ateliers qui leurs seraient déstinés et que si nous en faisions notre priorité, cela serait signer notre arrêt de mort. En effet, comment une structure de la taille de la nôtre pourrait-elle assumer des actions pour des publics "sans-le-sou" sans que la ville, son partenaire naturel n'y investisse un penny ?
Nous ne le pouvons pas et j'en suis désolé ; La Cie Les Mille et une Vies, si elle est une entreprise culturelle de proximité, est d'abord et avant tout une structure de création et de diffusion culturelle professionnelle et le professionnalisme à un coût que nous ne pouvons nier au risque de nous retrouver ramenés au mieux au rang d'amateurs éclairés et au pire, comme je l'écrivais plus haut de mourir....
Si je fais ce constat aujourd'hui, si je vois de jour en jour notre éloignement se confirmer en même temps que notre investissement sur des territoires plus propices, plus attentifs, grandit, ce n'est pas sans une certaine  amertume. Les populations avec lesquelles nous avons travaillées, ce sont elles qui souffrent ; et cette population là, elle a un visage, elle a un nom, elle a une humanité qui est tellement délaissée, tellement laissée pour compte....c'est à Leïla, Mehdina, Sullivan, Saïd, Soliman et les autres que j'ai l'impression de manquer, que j'ai l'impression d'abandonner. Alors je parle, je leur dis que je ne peux pas, au risque de devoir définitivement arrêter, leur donner ce qu'ils attendent de nous. Et ils comprennent. Et ils entendent, habitués qu'ils sont à ce que rien ne soient possible dans les espaces où ils ont grandis. Je le disais dans un autre article, ils ont un courage hors du commun mes voisins de pauvreté.

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