elle existe : derrière les murs de la prison

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

Des mots ; vite, écrits, jetés, tapés et puis silence. Derrière les mots, il n'y a rien. derrière les promesses il n'y a rien aussi. J'accorde peut-être trop souvent une importance démesurée à respecter mes engagements. Je ne sais à quel moment, endroit ou bourbier est née cette exigence...
Aujourd'hui,  je devrais ne pas attendre, rester là, ne pas attendre. Je devrais m'engager, je suis engagé, Il faut s'engager, il ne faut pas s'engager, je devrais cesser, cesser de m'engager, je ne peux pas...

Vendredi prochain je serais à Tourcoing. Je crois que j'appréhende ce jour, ce moment, cette discussion, pendant laquelle face à un public, il me faudra dire mon sentiment sur "La personne détenue et son rapport à la culture". Il me faudra essayer de ne pas me laisser absorber par les détails. Cela sera difficile ; la prison, son accoustique, son architecture, ses rapports humains, tout son environnement  altére ou transforme la perception des sentiments et des choses les plus simples ; pendant la discussion, il me faudra prendre de la hauteur, j'appréhende ce moment et même si, je sais pouvoir compter sur Nicolas Stenven, j'appréhende ce moment. 
Si la marionnette fait rire ; si elle émeut, interroge, élève,  si la culture amène cela alors, il faut accepter que dans le temps de la culture ce soit l'homme qui soit touché, l'homme tout simplement  et pas l'homme puni ; il me faudra oublier....


Les interventions en prison ont été si fortes, je me suis tellement engagé, je crois volontairement m'être mis en danger, tout entier, corps et âme jetéE  dans la mise en oeuvre de ces actions et lorsqu'elle se sont arrêtées, du jour au lendemain arrêtées, je l'ai vécu comme un choc.

dans cet engagement , c'est là que jour après jour se dessine le sens ; ce n'est pas une obligation, c'est comme ça, et la seule chose que je puisse faire c'est me demander pourquoi c'est ainsi ; pourquoi depuis toujours il m'a fallu m'engager ?


Pour Dorothée, de même, l'interruption unilatérale des interventions a été douloureuse. Sans discussion, ou mise au point nous devenions tout simplement indésirables. Ce que j'écrivais au début de mes interventions, dans les premiers commentaires relatant ma découverte de ce monde de méfiance, ce que j'écrivais, cette méfiance m'est revenu au visage dans un sale retour de flamme et malgré ma bonne volonté je ne pouvais pas changer cela...

Depuis, le temps aurait du passer et faire son oeuvre ; pacifier, permettre aux mots d'être entendus pour ce qu'ils sont et la trace laissée de retrouver une place sereine.... depuis, des lettres de ceux qui encore dedans, des coups de fil de certains sortis, en permission, des rencontres, des appels d'amis, de famille de ceux qui sont encore dedans m'arrivent. Les mots me touchent. je suis perdu ; parce que aujourd'hui je sais qu'elle existe : la prison.

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