la culture de la visibilité

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

De semaine en semaine, mon regard sur le monde de la culture en général et celui du spectacle vivant plus particulièrement, pare mes doutes de certitudes étranges et désabusées. La France regarde le naufrage du monde de l'intermittence avec une incompréhension toute compréhensible. Et parfois je me demande si certains des acteurs de ce monde en perdition n'ont pas eux même construits la route de leur disparition…
La culture c'est un mot-milieu fourre tout dans lequel on trouve le gros et le petit, l'acteur et le comptable, le cinéma et le théâtre, la scène nationale et le théâtre bricolé, l'amateur et le professionnel... C’est vrai, le milieu a peu travaillé à préciser les frontières entre amateur et professionnel et les outils dont ils disposent pour promouvoir l'oeuvre. Pour le Théâtre, la marionnette et le spectacle vivant, j’ai le sentiment que la culture de groupe, de compagnie, la culture du public, n’existent plus ou, de moins en moins ; c’est dans l’égoïsme de chacun, que se construisent les projets.
J'ai le sentiment que depuis les années 80, à l’ombre de la construction/rénovation des nouveaux équipements de la culture, certains acteurs se sont laissés séduire par les lumières du temple en mettant au second plan le rapport de l’œuvre au public ; d’autres acteurs, parfois les mêmes, ont été capables, pour atteindre l'autel du temple, d'échanger leurs doutes (conditions naturelles du faire artistique) contre les certitudes des acteurs de leur production ; acceptant de troquer le choix textuel et la distribution senti pour le mot de la mode et la locomotive ils sont montés dans un train qui n'a eu aucun état d'âme à les laisser une gare-station plus loin à moins que, montés dans le train, ils n’aient jamais accepté d’en descendre... "jamais" restant relatif comme "jamais" sait l’être !
Aujourd’hui, d’autres acteurs encore, regardant l'autel et voulant y accéder,
remplis par le monde dans lequel ils vivent, sont prêts à tout pour plus de visibilité . Plus de visibilité, non de leur public, et de leur environnement mais d'une minorité d'experts, cénacle décidant de la légitimité, la viabilité, de l'illégitimité... Pour ces autres acteurs de la culture, ils puisent dans leurs droits pour monter sur des scènes qui ne font que les appauvrir plus... Ils sont soit jeunes et pleins du rêve d’atteindre, après une courte course (courte parce qu’ils ne sont pas, non plus coureurs de fond, faut pas pousser), le but de la reconnaissance par le cercle ; ils sont soit plus âgés, courrant encore, un peu aigris par ce monde qui ne les reconnaît pas à leur juste valeur mais acceptant de monter sur la scène des jeunes à condition qu’elle ne soit qu’une étape. Mais cette étape est la gare de triage ou la fin de voie, qu’ils ne veulent pas reconnaître et, de théâtre bricolé en scène de fortune, ils sautent et épuisent leurs droits, plutôt que de construire, dans la proximité de leur environnement, quartier, ville, région, pays, monde une relation dont la qualité installera la durée. Combien de compagnies appauvries, endettées après leur participation à un festival ? Un "off" certes prestigieux mais pour qui ? Un "off" tel celui d'Avignon, ou un théâtre sans-le-sou mais tellement mode et son contrat de co-réalisation qui ne permettront jamais, l'un ou l'autre, les deux ensembles, avec les fruits des recettes de billeterie, de payer la moitié des coûts qu'engendrent la participation à la programmation au premier ou au deuxième.. Il faut y être pour être répondront-ils ? Non, il faut être, et le reste va de soi pour peu qu’on assortisse la volonté de l’effort. Il faut être dans le geste artistique ; il faut être dans le rapport au public et peu importe le lieu dans lequel ça se passe ; ce n'est pas le lieu qui fait l'oeuvre et si, certains hommes et leurs avis comptent dans notre société plus que d'autres il n'est pas non plus impossible de penser et d'oeuvrer autrement...
J'ai du mal donc aujourd'hui lorsque je considère les difficultés par lesquels passe le milieu culturel et plus particulièrement les enfants de l’intermittence à oublier que ce difficultés sont aussi les fruits tardifs de dénis de l'œuvre, de trahison du public, de l'incapacité qu'il a eu, ce milieu, artiste et administrateurs de la culture confondus, de faire, avant les autres, ménage et proposition, transformation du milieu par chacun de ses acteurs, de l’égoïsme, de…
coordination des intermittents IDF

Publié dans Point de vue

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