le temps travaille pour-contre nous

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

Aujourd'hui et depuis quelques temps je prends conscience que le temps travaille pour nous ; contrairement à ceux qui recherchent un reconnaissance immédiate, nous avons avec la Cie Les mille et une Vies essayé de construire un projet juste tant pour ceux à qui il s'adresse que pour ceux qui l'animent. Pour réaliser ces deux objectifs, intimement liés nous avons  fait des choix de proximité et de développement controlés que peu de structures font. Dès aujourd'hui nous voulons imaginer jusqu'où les mille et une vies et leurs marionnettes pourront aller ; en terme de diffusion, de création, de sensibilisation, de chiffre d'affaires sans que nous perdions la qualité qui fait notre force. Dès aujourd'hui nous voulons imaginer et définir ce que nous ne pouvons pas faire.
A une époque, dans laquelle projet après projet les structures ont tendance à répondre aux appels de nouveaux cadres, quitte parfois à se détourner de leurs objectifs initiaux et dans un appétit sans faim les structures modernes perdent de vue les enjeux qui leur sont propres ; éducation populaire ou participation à une plus grande démocratie culturelle quelle structure aujourd'hui accepte de se penser en terme de stabilité plutôt que de croissance ?
La majorité des centres sociaux que nous avons croisés sont à l'affût de tous les appels à projets qui pourront les faire grossir.
En plus de leurs missions initiales, ils mettent en place, ces centres, de nouveaux projets que supporteront (en sont-ils réelement capables)  les salariés de la structure. Seront-ils plus justes en étant plus gros ? Non, pas forcément, avec la même équipe ils vont, soit-disant, faire plus et mieux pour des territoires en faillite. Les populations des territoires subiront elles, le contre coup ; moins d'acteurs moins d'interlocuteurs, le pouvoir concentré dans quelques mains-poches bien pleines ; un territoire asséché en somme ce qui par ailleurs permet  au pouvoir local de n'avoir, lorsqu'il le décidera, lorsqu'il en sera temps, que moins de tête à sectionner pour mieux régner et lorsque certaines de ces structures ferment, ils ne restent rien qu'un désert, une terre pourrie sur laquelle il est difficile de faire germer/pousser/construire... A Lille, sur le quartier de Faubourg de Béthune, après la fermeture-faillite du centre social du quartier, il a fallu quelques vraies années (je crois quatre ou cinq) avant qu'un nouveau centre social réapparaisse. Dans le désert des expériences se sont construites et si, le nouveau centre social, au démarrage s'est appuyé sur la diversité des acteurs réapparus dans le temps du rien, aujourd'hui il se pose-présente avec l'appui des pouvoirs publics, comme incontournable sur un quartier de plus de vingt mille habitant. Pour les projets destinés aux publics éloignés cela se fera avec ou pas... jusqu'au jour ou trop gros on lui coupera la tête....
Et passant de l'univers-exemple du monde socio-culturel au monde culturel je dois avouer que je pense la même chose. Pour les Scènes Nationales, Centres Dramatiques ou autres Théâtres ou scènes conventionnés, c'est la même chose, ce même appétit que les pouvoirs publics, les partenaires, les artistes, les citoyens n'osent ou n'arrivent pas rappeler à l'ordre et qu'on rencontre sans cesse ; au détour de réunions, ou de présentation d'appel, on se rend compte que les grosses structures ne sont jamais assez grosses... Et de politique de la Ville en droit commun, elles sont partout et asséchant, elles font le vide autour d'elles.
Que se passera-t-il demain (ce qui a par ailleurs déjà commencé hier) quand les pouvoirs publics décideront de couper les quelques têtes qui composent le territoire culturel local/national ? Il ne se passera rien parce qu'entre temps ces structures en voulant tout maîtriser, tout absorber, auront désséché un secteur qui n'aura plus les moyens de réagir.
C'est aussi pour cela que nous, les Mille et une Vies, au milieu des autres, devons maîtriser notre développement ; en le maîtrisant nous tenons les rênes de notre projet et, ne perdant pas de vue nos objectifs initiaux nous garderons une indépendance et une viabilité que certaines de ces structures n'ont plus. Combien d'entre elles pleurent sur des moyens conséquents mais jamais suffisants ? Combien d'entre elles ? Et malgré cela, de la plus petite à la plus grosse, il semblerait que souvent derrière le projet se cache la même soif de monter, grossir, etre comme celui du dessus, être lui. Pour cela tous les coups sont permis, du réseau à la concentration des pouvoirs et il arrive ce qui doit arriver, tous les acteurs, une grande majorité,
se retrouve isolée par l'égoïsme un insatiable appêtit.
Parce que dans une constante recherche de moyens complémentaires les acteurs du monde culturel souvent oublient l'oeuvre et les passerelles tendues entre l'artiste et elle, entre le public et elle, entre l'artiste et le public. Regardant le "monde culturel" je me dis que beaucoup d'acteurs, artistes, structures, avant que l'heure arrive de la destruction facilitée par la concentration ne soit irréversible devraient se remettre en selle et se concentrer à la construction de projets durables qui permettent d'atteindre ces objectifs ...

Publié dans Point de vue

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