l'écriture en vrac pour mal commencer

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

Il me faut reprendre le fil des mots et le temps me manque ; il me faut trouver le temps de tracer mes lettres dans une époque de chiffre dans laquelle l'économie voudrait me pousser à penser rentable ce que je veux laisser humain...
Je m'octroie le temps, je me donne les minutes et je bute sur le sens...
Je veux dire ici comment nous allons dans ce monde ;
avec notre théâtre de marionnettes itinérant,
avec la proximité du public
Dans une époque de moins en moins culturelle nous, de la Cie Les Mille et une Vies sommes de plus en plus isolés des gens de culture et de plus en plus proche du public ;
je veux dire ici comment nous inventons notre monde dans un monde sans culture ;
je veux dire ici comment notre monde de culture existe malgré tout, avec difficultés sans cesse renouvelées certes, avec moins de moyens que les équipements existant évidemment, avec le sentiment que le choix que nous faisons du public, de la forme légère (c'est un choix et non une obligation), de l'autonomie, de l'occupation des espaces désertiques ou vides de culture semble empêcher la passerelle vers les équipements culturels c'est sûr ;
mais le Théâtre de marionnettes itinérant existe, vit et rencontre le public, trouve un regard, éveille une envie, nourrit le désir et l'esprit.
Mon métier d'artiste (de la faim ?), je l'invente avec des bouts de ficelles. En 2007, ces bouts de ficelles, à la sueur de notre travail, se transforment non en cordes mais en petites bobines ; toujours de ficelles mais en bobines ; cela reste fragile mais ça semble grandir.
C'est vrai que le temps empêchent ceux qui voudraient nous jeter (avec les eaux usées) de le faire, nous résistons aux intempéries et lorsqu'on nous ferme une porte certains nous retrouvent devant leur fenêtre lorsqu'ils l'ouvrent. C'est vrai que le temps m'a rendu résistant ; résistant aux assauts, résistant aux compliments, résistant tout simplement.
Plus que jamais, sûr de mes choix je me demande en ce début d'année 2007 pourquoi le monde de la culture pleure, parle, pense, agit.
L'équipement culturel pleure parce que les financements ne sont pas à la hauteur de son appétit sans f(a)im...
L'artiste diffusé pleure de peur de ne plus être diffusé et peut-être aussi pour être diffusé plus.
L'artiste non diffusé pleure pour prendre la place de celui qui est diffusé.
Le diffuseur pleure parce qu'on ne le comprend pas et aussi pour avoir plus de financements.
Le réseau, culturel et autre se construit puis s'agite pour mieux distribuer à sa tête les profits de sa construction, de sa constitution ; la queue du réseau, elle, peut bien patienter ou lorgner sur les profits, elle n'en aura rien. Elle serait à la place de la tête, la queue ferait de même.
La scène pleure (en décembre 2006) parce qu'un journal gratuit confond ses rédactionnels et ses espaces de publicité, ce que la scène fait mais ne dit pas qu'elle fait ; ce que la scène voit dans l'oeil de l'autre, la paille, elle ne le voit pas dans son oeil, la poutre. La poutre dans l'oeil de la scène fait-elle pleurer autant que la paille dans l'oeil du voisin ?
Cassandre ne pleure pas mais voudrait que je signe une appel aux candidats à la présidentielle ; appel qui se termine en disant que des documents sont à la disposition des candidats, des documents dont je ne connais pas le contenu , ils sont destinés aux candidats et pas aux signataires et pour lesquels sans les connaître, les yeux fermés je devrais m'engager en signant l'appel.
Le petit lieu pleure de ne pas avoir les moyens du gros.
Pour exister le petit lieu s'appuie sur "les jeunes créateurs" qu'il presse (ah, l'image citronné) parce qu'ils ont des envies que "les vieux" n'ont plus ; au final ça fait pleurer beaucoup de "jeunes" qui se seront donnés parce qu'il n'y aura, à la fin que peu d'élu mais, ça fait aussi pleurer "les vieux" qui ont peur que les jeunes leur mangent les miettes du gâteau...
Le gros lieu(mot) pleure parce que le petit lieu l'oblige à se renouveler, lui demande des comptes, de quoi se mèle-t-il, se trouve comparé au petit lieu qui fait mal avec rien ce que lui fait mal avec beaucoup...
Moi, je pleure sur le temps que je m'étais donné, échappant au budget, dads et autres formalités de début d'année damnée qui s'est terminé mais cette liste de cris, de doutes, de rires, je la continuerais parce qu'en 2007, ça y est, c'est décidé, je râle...
Et toi tu pleures sur quoi ?

Publié dans Point de vue

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