papiers finis, voitures brulées

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

Le gros train de l'angoisse est passé, DADS, TDS et autres papiers sont maintenant terminés, il me reste à me plonger dans le coeur des dossiers en cours et en ne plus en ressortir que lorsque épuisé, harassé, il me faudra reprendre mon souffle avant de mourir...non, non, je ris, vous ne riez pas ?
En venant ce matin au bureau, marchant dans les rues de Lille-sud, après être sorti du métro, je remontais la rue de cannes puis continuant d'avancer sur la rue de l'arbrisseau je comptais les traces de voitures carbonisées.
Et
puis je me suis arrêté de les compter...
Pourtant le jeu avait bien commencé ; regardant sur le sol l'empreinte noire, celle laissée après le départ de la carcasse, j'imaginais ces pollueuses partant toutes en fumée laissant aux piétons les trottoirs...
C'était après la trentième, je crois et mon jeu a commencé de devenir oppressant ; même dans la solitude de mon parcours je retrouvais cette violente réalité et imaginant les familles, pauvres pour beaucoup, se trouvant du jour au lendemain encore plus appauvries par ce départ en fumée, je ne pouvais plus compter avec joie ; ce n'était pas des nouveaux carrosses (type 4x4) que les nouveaux Robins avaient brûlé mais de vraies poubelles montées sur roues qui permettaient à certains des habitants du quartier de ne pas être entièrement exclus.
Du nord au Sud c'est pareil. Juste avant que nous partions sur les routes du sud, j'avais fait un détour par le bureau pour récupérer quelques documents qui ne pouvaient souffrir mes vacances ; déjà ce jour là, sur le parking de la cité des brouteux nous avions regardés les voitures ou ce qu'il en restait. Restes encore là d'une nuit qui avait du être brûlante ; elles étaient plus de 15 alignées et noires. Noires comme en deuil. C'était le 26 décembre je crois. Puis nous avons pris  la route, avec les kilomètres avalés, les paysages qui défilent, deux jours plus tard, le ciel s'est éclairci ; à l'extérieur, les cieux cléments, la température montait...  C'est dans la nuit du 31 décembre au premier janvier que j'ai pris la photo de la voiture enflammée
(elle ressemble comme une jumelle à celle que j'avais photographié un an plus tôt et qui doit illustrer un article de ce blog) . Sur le balcon niçois de mes parents ce n'est pas la mer ni la montagne que je regardais mais bien un camion partant en fumée ; de la même manière dans le sud que dans le nord, même odeur et même impuissance à arrêter la vie qui va faire mal au propriétaire (pauvre), avec cette image qui très vite me remplit : image d'un homme sur lui même replié, perdant avec l'objet beaucoup de son autonomie...
Quand je regardais la mer, sur le port de Nice, le lendemain, dans mon nez j'avais l'impression d'avoir cette odeur de plastique et de violence entêtante. Près d'un bateau en partance pour la Corse j'essayais de trouver dans le reflet de la mer, dans les images que dessinent dans leur rencontre le soleil et l'ondulation de l'eau, un sens à tout cela ; vainement.
Depuis que je suis rentré, les soirs les sirènes hurlent dans la ville. Pas seulement de temps en temps ; pas seulement un soir de çi, un soir de là, mais tous les soirs, tous les soirs s
ans arrêt les sirènes hurlent et je ne crois pas que demain, ayant oublié ces mots, je recommencerais ma journée en comptant les traces de voitures...

Publié dans Autre inclassable

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