coup de gueule

Publié le par Fabrice Levy-Hadida

Nous, de la Cie Les Mille et une Vies,  ne signerons pas le manifeste "2007-2009 Les saisons de la marionnette" lancé par THEMAA. Je ne crois pas que ce soit en se retranchant derrière des défenses corporatistes dépassées que nous sortirons de l'invisibilité crasse dans laquelle l'art en général et le spectacle vivant en particulier  sont rentrés. Ce n'est pas en créant un tiroir de plus que nous redonnerons à l'art en général et à l'art de la marionnette en particulier la place qu'ils perdent dans le coeur des élus, dans le coeur des hommes. Ce n'est pas en nous retranchant derrière des quotas que nous amènerons les pouvoirs publics à comprendre les enjeux de création, de diffusion, de démocratie culturelle. Il nous faut défendre notre place et sa nécessité en reconquérant le coeur des hommes.
Je rêve, de voir des files d'attente devant les Théâtres. Je rêve d'une année O de l'art en lutte, de l'art à sa place, de l'art pour tous, sans démagogie ni populisme. Je rêve que derrière le Un soit préservé la diversité qui le compose. Mais je ne crois pas qu'en réduisant la diversité à une histoire de quotas, nous ferons entendre au pouvoir public la réalité de notre présence et de nos actions mais bien plutôt  que nous lui donnerons les moyens, à plus ou moins long terme de remettre en question la légitimité de leurs aides et de notre impact sur la société. En nous retranchant dans des maisons pour la marionnette, c'est de la cité que nous nous coupons et en nous éloignant d'elle notre capacité à la transformer se réduit.
Il faut râler, oui. Tout ça ne va pas, oui. Mais il ne s'agit pas de réduire la lutte à obtenir les miettes d'un gâteau qui d'année en année se réduit, mais bien plutôt à faire entendre la force et la vitalité de la création contemporaine, la justesse de l'action culturelle, sa capacité à toucher les publics, même les plus défavorisés. Vite dit mal dit, sa capacité à tirer l'homme vers le haut. C'est dans le rassemblement de tous les acteurs de l'art derrière des valeurs communes que nous ferons entendre à l'époque nos préoccupations et qu'elle pourra évoluer.
Mon outil marionnettique, je l'utilise aujourd'hui parce qu'il est, qu'il me semble pertinent ; je ne veux pas que cet outil devienne un ghetto. Je ne veux pas connaître le sort d'ancêtres que je n'ai jamais connu à cause de la bêtise humaine. Ne créons pas les outils de la discrimination, ne les appelons pas de nos voeux en pensant qu'ils seront des outils de mieux être, de mieux faire... Parce que ce qui nous sépare du monde n'est pas une bonne chose ; ce qui nous éloigne de la société il ne faut pas le réclamer.
Vous pleurez parce que le théâtre, la danse, les arts de la rue obtiennent des aides et une reconnaissance que vous croyez ne pas avoir ; et bien riez maintenant, l'art de la rue, le théâtre, la danse se portent mal ; le spectacle vivant est malade et ce n'est pas en vous mettant un pansement sur le front que vous soignerez ce cancer.
A notre époque, ou les territoires publics de l'art se réduisent, il faut se réunir et pas se retrancher c'est pour cela que nous, de la Cie Les Mille et une Vies, ne signerons pas le manifeste
"2007-2009 Les saisons de la marionnette".

Publié dans Point de vue

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