une autre route est possible....

Publié le par Fabrice Levy-hadida

Depuis quelques semaines, préparant-visitant les territoires, travaillant à affiner le projet de création, construisant les actions 2007 nous gardons aussi à l'esprit que nous fermons plus encore la porte quartiers sur lesquels nous sommes  intervenus par le passé mais  pour lesquels nous n'avons pas réussi à nous faire entendre de la Ville de Lille.
Dans le quartier de Lille-sud sur lequel nous avons encore nos bureaux et un atelier nous entretenons une relation quotidienne avec la population, avec nos voisins. Dans le silence et la concentration de nos journées de travail il arrive que les enfants tapent à la porte ; Sullivan, Amina, d'autres encore qui pleins des souvenirs partagés nous sollicitent pour un atelier, une action et, quand nous leur répondons que ce n'est pas à l'ordre du jour, que nous y réfléchirons, que nous essaierons de trouver les moyens, je sais qu'ils ne peuvent comprendre, je sais aussi que ma réponse n'en est pas une, que je leur mens presque.
Et une fois la porte refermée, dans le silence retrouvé je sais que oui je les abandonne, mais qu'y puis-je ?
Pourtant dans le temps de nos actions, entre 1998 et 2006 c'est ce que nous avons essayé de dire à la Ville, de lui faire entendre, à ses délégations, à ses techniciens, à ses élus, que la lueur était importante, qu'il n'y avait pas que le centre qui nécéssitait une politique culturelle. Qu'une politique culturelle en direction des quartiers, "incluante",  ne pouvait pas se construire uniquement en terme d'évènements ou de programmation... Mais notre voix n'a pas été entendu. C'est cette lumière essentielle éveillée dans des quartiers en difficultés grâce ici et là, au soutien de certains de ses acteurs, de petits financements... Cette lueur que nous voulions transformer mais pour cela, des petits financements il fallait passer aux chosex sérieuses, passer du bricolage à la construction. Oui, après l'expérimentation, il fallait poser.
Oui, quand je suis arrivé à Lille en 1998, j'ai travaillé ailleurs que dans les réseaux culturels à faire se rencontrer l'oeuvre et le public. Oui, prenant le temps, j'ai accepté que cela se construise lentement. Oui, empruntant des chemins de traverses, je comprenais qu'il ne fallait pas attendre de suivre les exemples anciens, qu'il me faudrait construire l'exemple. Oui, je suis persuadé que pensant au public et plus particulièrement à celui éloigné des réseaux culturels dès la mise en oeuvre de la création on ne réduit pas l'oeuvre mais on l'attache à l'époque. Oui, je suis sur qu'un théâtre engagé prend à bras le corps l'époque et la donne à réfléchir à l'autre, au public. Mais l'oeuvre ne doit pas s'adresser seulement à l'élite, pas seulement aux abonnés  et public des salles, scènes conventionnés et autres théâtres représentant 16 à 20 % de la population. L'oeuvre, à notre époque doit aussi contenir les moyens de sa rencontre avec le public.
Pour nous cela a signifié :

Au revoir la salle équipée dont les équipes technique et administrative s'agitent ..
Au revoir le petit théâtre, la boîte vide dont on confie les clés à l'arrivée de l'équipe artistique pour les reprendre lorsque le contrat se conclut sur une série de représentations.
Au revoir les lieux divers aux politiques d'abonnements qui laissent sur le pallier la majorité de la population.
Au revoir les saisons de festivals pendant lesquels les professionnels se retrouvent, se congratulent, s'insultent, se plaignent...
Mais cela a aussi signifié :
Bonjour les jardins en bas de tour
Bonjour les salles de classes
Bonjour les réfectoires
Bonjour l'espace public, la place de village, la salle de sport, le local collectif d'activités, la rue, le château, le petit théâtre municipal aussi,
Bonjour une nouvelle façon de rencontrer, raconter se faire désirer.
Et si depuis le démarrage, en 1998 et jusqu'en 2006 nous avons réservé une grosse partie de notre activité aux quartiers de Lille, dans la durée nous ne pouvions nous permettre de continuer si les financements ne se développaient pas...
Ils ne se sont pas développés, c'est pour cela que nous avons changé notre fusil d'épaule, et, après près de huit ans d'implication sur ces territoires en difficultés, obtenant des bouts de ficelle, nous avons abandonné l'idée de nous faire entendre et laissons la ville à ses préoccupations, pas les nôtres. C'est comme ça que nous nous sommes  tourné vers d'autres territoires, vers des territoires qui nous soutiennent et sur lesquels les populations ont tout autant besoin de nous.
Pour autant ma compréhension ne change pas mon sentiment face à ces enfants qui tapent à la porte, face à la population de l'arbrisseau avec laquelle nous avons engagé un dialogue et, lorsque je vois leur envie je ne peux pas ne pas imaginer intervenir. Alors malgré les priorités, malgré les engagements à dire non, ici et là, et tant que nous n' aurons pas déménagé nous mettrons en place des petites actions pour apaiser leur appétit tout en sachant que faisant cela, lorsque nous partirons définitivement le vide n'en sera que plus grand...

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