c'est "xemonsieur" suite du texte ressurgit... pensée de chair

Publié le par Fabrice levy-hadida


Retrouvé dans mes cartons, classant mes papiers, un des textes que j'avais écrit lorsque j'avais vingt ans, il y a donc un peu plus de vingt ans. Ce texte qui était titré "Pensée de Chair" était composé d'une vingtaine de très courtes parties. La première partie a été mise en ligne ici il y a quelques semaines. Deuxième partie donc  illustrée par des images de spectacles  datant de 1989-1992, Le jardin des pendus et, Les crévés d'Rénart



Xemonsieur

ploc, ploc, ploc, ploc, ploc....tombent gouttes sur bitume. Pluie lave Xemonsieur. C’est pour ça qu’il l’a convoquée. Après longue journée, chez lui rentre. Grave.? Long chemin. Dans le dos, les autres. Et devant, loin, très loin le logis, le lui-dedans. 
Profond, Xemonsieur est un jeune-vieux.
Plus loin, il est chez lui, enfin. Son coin. Pas de fenêtre, pas de lumière, murs blancs-sales. Un unique cendrier au centre-table. Des livres, pas. Du froid, beaucoup. Du déséspoir, jamais. De l’espoir, jamais. Rien, tout toujours, rien jamais.
La faim tenaille. Ouverture d’une boite de conserve. Manger froid. Engouffrer.
Pourquoi un cendrier au centre table? Xemonsieur ne fume pas. Ouvre boite de conserve et mange, manger trop vite donne vite fait bien fait mal au ventre, alors Xemonsieur se tord. Aigreurs, douleurs puis rot et enfin sommeil comme tous les soirs, comme les tout petits, comme c’est joli.
Dormir, ronfler, péter, puer, c’est pas grave il vit seul. Ne déshonore l’odorat de personne puisque vit seul, tout seul, comme c’est triste.
Dormir et rêver agité. Transpire, a peur dans son sommeil, a tant peur que se réveille. C’est l’heure.
Alors, lever, habiller, coiffer pas, courir, ouvrir porte, sortir, fermer porte, courir, dévaler les escaliers, chute sans cri, finit la descente sur le dos, crier, ça change rien, comme c’est de plus en plus triste.
Noir, un temps. Se redresse, ouvrir porte donnant sur extérieur, un temps d’étonnement. S’etonner de la blanche rue de neige pleine, fermer porte derriere soi, surtout pas oublier, sinon au retour la concierge crier alors pas oublier, non pas oublier.
La neige blanche et belle était pas là et maintenant y est. D’abord étonnement puis glissades, péripéties, acrobaties. Donc la neige blanche et belle, donc la neige froide et dure, glissades, péripéties et mal au cul, puis mal partout.Enfin.
Enfin le cimetière. Lieu de travail de Xemonsieur. Plus ça avance, plus c’est glauque. La neige, le froid, le cimetière ; trois temps dans le lieu unique. Mettre la blouse. Ne pas parler. Ne jamais parler. A personne jamais parler. Et bouche cousue, tout le monde sait ça, vaut anus ouvert, Xemonsieur pue. Sent fort, très fort, irradie l’odeur, personne l’approche de près ou de loin, personne jamais dépasse l’odeur pour le voir.
Aujourd’hui n’est pas un bon jour. Mal au dos, mal aux doigts, froid, trop froid et les enfants
morts qui eux aussi ne parlent pas, qui eux aussi puent, et la tristesse derrière mes yeux, et les rires derrière leurs yeux, et le mal au ventre qui tord et cette envie de crever qui ne passe pas. Il pleure Xemonsieur, pleure tant que part.
Des mots et des larmes accompagnent son chemin, toujours glissant, toujours pleurant, toujours criant et toujours ça change rien. Aujourd’hui n’est pas un bon jour.
Arrive Xemonsieur sur le pont qui le lac surplombe et sans regard ni réflexion le corps consentant jette. Un temps. Aujourd’hui n’est pas un bon jour car ni la hauteur, ni la force du choc contre l’eau bloc de glace ne tuent l’esprit qui se voulait suicider par noyade. Seules quelques douleurs supplémentaires dues à la blancheur glacée que la nuit a installée.
Xemonsieur, sur la noyade comptait, mais noyade ne se peut lorsque neige il y a et que lac en patinoire se transforme. Aujourd’hui n’est pas un bon jour ; refroidissement et ecchymoses devraient solder le compte de cette tentative malheureuse.
Grands efforts et petite patience sortent, non sans chutes et douleurs supplémentaires, Xemonsieur du lac. Glissant, suant de détresse s’obstine à patiner sans patin et sous la toile rêche du pantalon la pine se tend. Par quelles voies arrivent ces désirs matinaux on ne sait pas, ce qu’on sait c’est que Xemonsieur se laisse aller à la masturbation parce que dans cette tonne de douleurs, avoir cent gramme de plaisir c’est reposant. Mais il aurait du se méfier Xemonsieur, il aurait du se tenir...
Celui qui au centre d’une patinoire à la masturbation se donne, dans la cellule d’un tout petit commissariat se retrouve ; aujourd’hui n’est toujours pas un bon jour. La cellule pue moins que lui alors sur lui tapent les autres ; d’abord prisonniers, puis tous les autres, policiers en tête.
C’est à coups de pied 44 ou 46, en tout cas pas fillette que Xemonsieur le mal et le bien comprendra. Tout le mal et tout le bien. Pas maltraité, pas bientraité. Ne pas parler. Ca aggraverait son cas, de toutes façon parler, ne peut pas. Xemonsieur est maladie mentale, irresponsable, c’est les autres qui décident. Du commissariat à l’hôpital, il y a qu’un pas. De l’hôpital à la camisole, il y a plus de pas du tout, même pas de quoi faire un petit tour de manège. La masturbation, on sait ou c’est que ça commence, on sait pas ou que ça se finit.
Dans le cas de Xemonsieur, la masturbation mène à la psychiatrie, ça on le sait maintenant mais ce qu’on ne saura jamais, c’est désinfecté, qu’est-ce qu’il pue, c’est piqûre dans la fesse droite ou gauche selon l’humeur et la position de celui qui pique, pour qu’il dorme et cesse de se taire bruyamment

Xemonsieur dort et cauchemars aussi.

Publié dans Autre inclassable

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