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Publié le par Fabrice Levy-Hadida

Le temps se presse, les jours passent, les premières actions ont démarré, nous allons entrer en résidence pour plus de deux mois. Déménagement et transfert d'activité de Lille à Marles-les-Mines ;  le Théâtre de marionnettes itinérant, ses salariés poupées et autres objets construiront ailleurs ce qu'a la Ville de Lille, malgré notre présence et notre investissement, nous n'avons pas réussi à faire entendre. Tant pis...
Le temps de la création se précise, entre une réalité qui cogne à la porte, des comptes arrêtés aux dailly, de contrats en cahier des charges, je cherche dans ma tête des espaces artistiques. Je trouve un espace caché, je m'y jette pour dessiner les contours du spectacle, je me promène, nez en l'air. Ca y est. Le temps ne me manque plus, c'est un choix. Le temps me manque.
Le texte, est en pause depuis deux jours, j'ai laissé Zette endormie sur la huitième marche d'un escalier, je devrais la retrouver tout à l'heure pour l'emmener dans un pièce sombre au centre de laquelle trône un miroir. Je  ferais Zette s'asseoir sur une chaise et la soumettrais à la question du mirroir (é)mouvant. De là, le couloir aux trente porte puis la porte au trente-six choix et enfin retour à la chambre... elle sera transformée Zette, après son voyage...
Dans un échange avec François Lestrade, le scénographe, il me disait que mon texte résonnait dans son esprit avec des images des Delvaux (le peintre et l'autre, le cinéaste et plus particulièrement son film, "un soir un train"). Pour le cinéaste et le film, je ne connais pas, mais la lacune sera réparé prochainement mais, pour le peintre, je répondais  à François que oui, c'était cela que l'univers dans lequel Zette ser mouvait était ainsi, réél et mouvant, pareil différemment.
J'ai prévu un rendez-vous de travil avec François samedi ; j'espère que je pourrais mettre en ligne rapidement certaines de ses recherches, sur la création mais pour commencer voici, ci-dessous, la première et le début de la deuxième scène, et quelques didascalies, les mots ne sont que le point de départ du travail de création, à côté d'eux, travail de recherche dans l'atelier...


LA CHAMBRE (de Zette)

Quelques premiers mots d’une pièce dans un castelet, théâtre autonome et itinérantpour une comédienne manipulatrice, un manipulateur et un technicien. Avec ombres, marionnettes à gaines, voix enregistrées, et toutes bidouilles utiles.
 
Quelques définitions… p’tit  éclairage pour moi et toi…et vous.

Lues dans un dictionnaire
Zétète : commissaire élu pour procéder à une enquête ou au recouvrement des dettes de l’état…
Zététique : sceptique grec…
Zetkin Clara : Révolutionnaire Allemande 1857-1933…

Repères bibliographiques ou ce qui me remplit avant l’écriture scénique :  Code junior (droits et obligations des moins de 18 ans, Ed Dalloz) Alice au Pays de merveilles de Lewis Caroll ; Le magicien d’Oz,

Le spectacle commence par une dispute entre Zette et V (sa mère) dans la chambre de Zette. La dispute comme élément déclencheur du voyage. Un voyage dans une chambre ; initiatique avec rencontres imaginaires…

Mon écriture, je la veux, je l’imagine liée au spectacle en création alors les extraits (que je joins) ne sont que des pistes de réflexion plutôt que la réalité textuelle de ce spectacle…. La réalité définitive se construit dans le temps des répétitions puis dans la relation au public ; biffant, corrigeant, cherchant le mot juste c’est par étape que nous avancerons dans cette création…

Le voyage de Zette c’est un voyage vers un pays dans lequel on laisse les enfants tranquilles….commence

Avant tout j’ai écrit ça : Qui est Zette première indications
Le premier dessin de Zette, c’est Zette qui saute à la corde.
Quelques jeux de Zette , que Zette aime bien :
Zette aime bien sauter à la corde,
Zette aime bien jouer à la marelle pour atteindre le ciel
Zette aime chanter la comptine « 1,2,3 nous irons au bois… » en inventant de nouvelles paroles
Zette aime jouer à dépiauter des fleurs
Zette aime compter les boulons
Zette aime se maquiller et se déguiser…

 

Après j’ai écrit ça : Qui est Zette d’autres indications
Zette est une petite fille à couettes hautes et tâches de rousseur. Elle porte une jupe plissée courte, des chaussettes blanches, des chaussures plates montantes, elle a des genoux cagneux  qui se saluent…
Zette est une diablesse zézéyante au débit rapide qui brûle les fourmilières quand elle le peut, aime avec les animaux jouer à la maman, les martyriser (en un mot) sans le vouloir mais en le faisant … Zette est une caricature qui mime les grands et leurs habitudes quand c’est amusant…

Enfin j’ai écrit :Qui est Zette ce qu’on peut en dire encore
Zette des fois se prend pour la Reine marie
Zette des fois se prend pour sa mère
Zette des fois se prend pour une princesse
Zette des fois se prend pour rien
Zette  se prend rarement pour Zette
Quand elle chante Zette ne fait pas pleuvoir mais quand Zette chante les oiseaux  setaisent
Quand Zette ne fait rien et qu’on lui demande ce qu’elle fait, il lui arrive de dire qu’elle ne fait rien ; mais il lui arrive aussi de dire  que ça ne nous regarde pas.
En général, on ne peut pas faire de généralité avec le s attitudes de Zette. 

L’OUVERTURE.  Un monologue plus qu’un dialogue qui doit trouver écho dans la salle ; paroles appuyées, mots répétés ; entre les silences, le dialogue avec une salle vivante…

Personnage Zette et V. dont on ne voit que l’ombre 

V (voix forte et ferme) : Zette ! t’as fait tes devoirs ?
Zette  (chantonnant tout bas sa rengaine) :  Non, non et non ! Ras le bol de l’étude ! Les devoir faits,  révisées les tables de multiplication, mémorisée la poésie du monsieur avec un grand Meuh, recopiée la page de lecture dirigée…. avant le manger, le coucher, le dodo….Non, non et non…qui est-elle pour me forcer à travailler ? à travailler encore après une journée passée à travailler …
V (voix forte et ferme) : Zette ! T’as fait tes devoirs ?

Zette ( semblant ne pas entendre) : Non, non et non, elle m’use et me vide. Entendre sans écouter ; elle me presse . Regarder sans voir. Elle crie et moi je veux jouer, oui, je veux jouer ! je, J et E, veux V , E, jouer JOU et é.…

V (voix forte et ferme) : Zette ! T’as fait tes devoirs ?

Zette : 12 ans, j’veux pas de ses règles, de leurs règles ; 12ans pas de devoirs ; 12 ans, j’veux pas !!! De leur faire, à tout prix, à toute heure, sans relâche faire, sans raison, faire ;  j’veux pas ; mieux que ça j’peux pas dire, plus près de ce que je pense j’peux pas…

Zette assise compte les pétales de marguerites, des boulons, des perles, elle compte…

V : Zette !

Zette : (pour elle) voilà, j’ai perdu mon compte (se levant et croisant les bras sur sa poitrine) QUOI ZETTE ? Non ! (elle s’assied et fait mine de reprendre son compte ) …212, 213, 214, 215…A chaque fois c’est pareil, je l’embête pas, j’embête personne et il faut qu’elle me dérange au beau milieu de mon compte. Ce que j’fais a pas d’importance, elle m’appelle, elle me dérange, coupe mon élan et comprends pas que je sois pas contente. Est-ce que je n’existe pas ? Est-ce que je suis aux ordres ? Zette n’est rien, c’est ça ? Et si Zette devenait quelque chose ? Et si Zette devenait quelqu’un ? Ça déplairait à Madame ? Elle serait pas contente Madame ?  Elle dirait quoi Madame si tout à coup Zette n’acceptait plus ses ordres ? Elle irait voir la Police ? On l’emmènerait devant les juges ? On mettrait Zette en prison ? Et bien non, rien de tout ça, non, Madame, si Zette se lève et dit non, personne n’y pourra rien et certainement pas Madame ! Oui, Madame, Zette est un être humain !… je m’appartiens pas, c’est ça. C’est toujours ça…C’est ça l’enfance.

V : Zette ! Ca y est, je suis énervé et tu es punie…

Zette : C’est toujours pareil, me taire, ne plus l’ouvrir, me faire petite, toute petite, disparaître sous le tapis… grain de sable, fourmis, ne plus être, pourquoi naître, sans avis je suis…. A tes ordres ? A tes pieds ? Mère sourde qui es-tu pour me demander d’être comme tu le veux ? Non et bien désormais,  la porte de ma chambre t’est fermée, d’ailleurs je ne l’ouvrirai plus jamais, il n’y a plus de porte, il n’y a plus de chambre, il n’y a plus de Zette. Je ne serai Zette pour personne ni pour toi, ni pour moi… Zette ne parle plus, se tait, parle silencieux, en geste comme les muets, miaule comme les chats, meugle comme les vaches, braie comme les ânes et ça pourrait continuer longtemps, jusque toujours (Elle croise les bras sur sa petite poitrine et fait face) ...

Les trois vieilles
Zette est endormie….personnages : ZETTE et les 3 vieilles, X, Y et Z

X : on dirait qu’ils n’ont toujours pas compris

Y (regardant X)  : qui ?

X (regardant Y): Eux, Ses parents, les adultes qui l’entourent

Y (regardant devant elle, pensive): t’es sûre ?

Z (regardant Y par dessus X) : pourquoi lui poses-tu cette question ? cela semble évident pourtant !

Y (regardant ses pieds) : parce que…

Z (continuant de scruter Y) : parce que quoi ?

Y (regardant Z): parce que, si j’ai envie de lui poser cette question, je lui pose cette question…

X (levant sa tête au ciel) : arrêtez de vous chamailler vous allez la réveiller…

Y (regardant devant elle) : et alors ?

Z  (regardant devant elle): oui et alors ?

X (regardant Y et Z à tour de rôle) : alors, il faut qu’elle se repose ….

Y (regardant ses pieds) : elle en a marre tu le vois bien….

Z (regardant X) : C’est vrai, tu le vois bien, elle en marre

Y (levant sa tête au ciel): arrêtes de répéter ce que je dis !

Z (levant sa tête au ciel): je ne répètes pas ce que tu dis, je dis ce je penses et si ce que je pense ressemble à ce que tu dis….je m’en balance. Et toc !

Y : et toc ?

Z : oui et toc ! ça te dérange ? et toc !

X (levant sa tête au ciel): ça suffit !

Y (regardant X) : on n’a pas d’ordre à recevoir de toi

Z (regardant X à son tour) : oui, de toi, on n’a pas d’ordre à recevoir

Y (regardant Z): tu vois tu recommences..

Zette se réveille doucement et s’assied elle regarde autour d’elle remarque les trois vieilles et fixe son regard sur elles…

X (regardant Zette) : Ca y est vous l’avez réveillé !

Y (regardant Zette à son tour): c’est pas nous !

Z (regardant Zette à son tour):  Oui, c’est pas nous du tout…

Y (regardant X): et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Z (regardant X): on pourrait faire comme si on n’était pas là

Pendant que les trois vielles discutent Zette se lève, tout en continuant à les regarder…

X (continuant à regarder Zette) : Tu veux dire « faire comme si elle n’était pas là ? »

Z : Non, je veux dire, comme si on n’était pas là !

Y : Oui, c’est bien faisons ça !

X : faisons quoi ça ?

Y : faisons ça ! ce que vous venez de dire !

Z : faire comme si on n’était pas là ?

X : faire comme si elle n’était pas là ?

Zette s’approche tout doucement….

Y : Oui ça !

X : quoi ça ? Tu vas me rendre folle !

Z : elle va nous rendre folle !

Zette (doucement): Excusez moi mesdames…

X (regardant Y puis Z, puis Zette) :…..

Zette (un peu plus fort) : Excusez moi mesdames…

X (regardant ses pieds): elle nous a parlé j’ai pas rêvé…

Y (regardant ses pieds): je crois bien qu’elle nous a parlé

Z (regardant ses pieds): elle nous a parlé, j’en suis sure

X(regardant Zette)  : on ne dit rien, on se tait

Y (regardant Zette) : je suis d’accord

Z (regardant Zette) : moi aussi, on se tait

Zette : Vous ne pouvez pas faire ça ! Je vous entend, vous m’entendez, vous ne pouvez pas faire comme si vous ne m’entendiez pas…

Z : et pourquoi on ne pourrait pas ?

X (regardant Z) : Voilà, tu lui as parlé

Z : c’est pas moi, c’est elle

X (s’énervant) : peu importe qui a commencé, tu lui as parlé alors qu’on venait de se dire

Z (regardant ses pieds) :…..

Zette : s’il vous plaît madame ne la disputez pas ce n’est pas de sa faute….

Z : (à Zette) merci petite

X : Tu continues…

Z : oui je continue, et si ça me plaît à moi de continuer

Y : oui, de toute façon , on ne peut pas continuer de faire comme si rien ne s’était passé…

Z : c’est vrai ça

Zette : ah enfin

X (haussant la voix) : s’il te plaît Zette, pour l’instant ne t’en mèles pas, c‘est déjà assez compliqué comme ça…

Zette  se refermant sur elle même

Z (regardant X) : non mais dis donc tu ne vas pas t’y mettre toi aussi…à lui crier après, à lui donner des ordres….à….

Y (regardant X) : Oui, c’est vrai ça, elle en a eu assez pour aujourd’hui des gronderies, tu ne vas pas t’y mettre avec eux…

X (regardant ses pieds) : gronderies n’est pas français

Y (regardant X) : et alors !

X (regardant ses pieds) : et alors et alors et alors….alors, …. (regardant Zette) Zette, ma petite Zette

Zette  hausse la tête de ses épaules et avance son menton

X (reprenant) : Zette, ma petite Zette, excuse moi, si j’ai été brusque mais, il n’était pas prévu que tu nous rencontres…

Zette : mais…

X ( la coupant doucement) : laisse moi finir ma jolie Zette

Y : Oui Zette laisses la…

Z : …finir.

X : Nous avons entendu tes préoccupations…

Y : nous avons entendu tes doutes…

Z : nous avons entendu ton appel…

Zette : mais je n’ai appelé personne !

X : nous avons vu la joie…

Y : nous avons vu les rires…

Z : mais nous avons vu les pleurs aussi…

Zette (plus fort) : écoutez-moi, mais écoutez-moi !

X : c’est toi, ma Zette…

Y : oui, c’est toi zoli Zette…

Z : qui doit nous écouter !

X : Nous ne serons plus là longtemps encore…

Z : bientôt, maintenant sera loin…

Y : maintenant tu dois en profiter avant qu’il soit passé…

X : tu vois la porte ?

Zette : quelle porte ? je ne comprends rien à ce que vous dites…

Z : la porte, là, (elle montre une direction avec sa canne) , tu la vois ?

Une porte s’éclaire

Zette : oui, je la vois

X : et bien, franchis la !

Zette : Qu’y a-t-il derrière ?

Z : nous ne pouvons te le dire !

Y : tu dois le découvrir toute seule

X : tu dois nous faire confiance, derrière la porte s’ouvre ton chemin…

Zette : Mon chemin ? je ne vous connais pas, pourquoi devrais-je vous faire confiance ?

X : passes la porte, et dans le couloir au cinq portes trouves celle qui te mène au train….

Zette : laquelle ? dans le couloir mène au train ?

X : prends le train, tu comprendras lorsqu’il sera temps !

Zette : Passes la porte, derrière la porte d’autres portes…. prends le train… et quoi encore…

Z : tu veux regarder…

Y : tu veux entendre…

X : tu veux être alors, passes la porte, prends le train et, dans le compartiment des ombres tu arriveras, traversant les paysages, dans la plaine aux herbes hautes au bout de laquelle, devant la porte au trente choix tu trouveras à toute question une réponse.

Zette : encore une porte ! passer la porte ?

Y : Vas ! passes la porte, prends le train.

Zette : prendre le train dans le compartiment des ombres

Z : N’aies pas peur petite Zette

Zette : au bout de la plaine aux herbes hautes

X : il est temps pour nous de te laisser…, passes la porte prends le train,

Y : au revoir petite Zette passes la porte,

Z : que le voyage te nourrisse petite Zette, prends le train

Le banc disparaît dans le noir, la porte est toujours là…




La suite du texte je la mettrais en ligne avec les premières recherches de François

 

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